Entreprise Portrait Correspondant en Allemagne

Ambiance de fête chez Bertelsmann : le premier groupe de médias européen salue la nomination du directeur financier Thomas Rabe, 46 ans, à la tête du directoire. Il remplacera, début janvier, Hartmut Ostrowski, 53 ans. En poste depuis trois ans, ce manager terre à terre avait assaini l’entreprise fortement endettée. Maintenant, la compagnie veut mettre le turbo avec un nouveau chef.

Hartmut Ostrowski sauve la face en allant siéger au conseil de surveillance. Ses proches disent qu’il a abandonné son poste à cause d’un "burn-out", d’un état d’épuisement. "Je le crois, mais personnellement je n’ai rien remarqué", a avancé Gunter Thielen, président du conseil de surveillance, dans une interview à la "Frankfurter Allgemeine". Lui, qui avait fait d’Ostrowski son successeur en 2008, le loue "pour avoir bien conduit Bertelsmann dans la crise (de 2009) et pour avoir désendetté l’entreprise. Nous avons retrouvé notre liberté d’action". Et d’ajouter : "Nous sommes fermement décidés d’attaquer."

Une longue période de consolidation prend fin. En 2006, le rachat du paquet d’actions d’Albert Frère de 25,1 % avait fait bondir l’endettement de Bertelsmann à un record de 11 milliards d’euros; fin juin 2011, il est redescendu à un niveau modéré de 4,9 milliards. Le groupe dispose désormais d’un milliard de cash par an pour l’expansion prévue dans de nouveaux domaines : l’Internet, la distribution musicale, l’éducation. Liz Mohn, veuve du patriarche Reinhard Mohn, et ses conseillers ont probablement pensé que Thomas Rabe est mieux à même d’ouvrir de nouveaux horizons.

Celui-ci est à l’aise sur la scène internationale : né à Luxembourg d’un père allemand haut fonctionnaire européen, il a grandi au Grand-Duché et à Bruxelles et parle couramment cinq langues : outre l’allemand et le français, il pratique aussi l’anglais, le néerlandais et l’espagnol. Contrairement au brave Ostrowski, il sait faire la conversation. A Gütersloh, siège du groupe, cela compte beaucoup.

Obligés de vivre dans une ville de Westphalie de 100 000 habitants, les managers du groupe mondial développent, dit-on, un solide complexe d’infériorité. "Der Spiegel" écrit que, désormais, le groupe veut combiner "Gütersloh et glamour".

Elancé, le front dégarni, Thomas Rabe a déjà montré qu’il est à la fois un visionnaire et un gestionnaire pragmatique. Plus brillant que Thielen et Ostrowski, il n’a pourtant pas le côté aventurier de Thomas Middelhoff, patron de 1998 à 2002, qui avait jonglé avec des milliards.

Dans son bureau, le nouveau chef a déposé une guitare électrique "Paula" de Gipson Les Paul. A Bruxelles, il avait joué de la guitare basse dans un groupe de rock punk, ce qui montre qu’il n’était pas un garçon rangé. Il en a conservé un goût pour la musique, ce qui ne le désavantage pas, si le groupe décide d’acquérir Warner Music ou Emi.

Ostrowski lui transmet une affaire saine : en 2010, le groupe employant 100 000 personnes, dont 37 000 en Allemagne, a fait un chiffre d’affaires de 15,8 milliards d’euros et dégagé un résultat opérationnel Ebit de 1,9 milliard (+ 29 %). L’activité la plus profitable est RTL Group qui, au premier semestre 2011, a réalisé trois quarts de l’Ebit du groupe. Mais, depuis le rachat des parts d’Albert Frère, Bertelsmann a fait du surplace. En effet, en 2006, le chiffre d’affaires de 19,3 milliards d’euros avait été plus élevé qu’aujourd’hui et l’Ebit avait atteint le même niveau qu’en 2010.

Il est temps que cela change.