Entreprise

Le démontage du «mythe» Bertelsmann bat son plein. Le journaliste Thomas Schuler y contribue avec succès en librairie intitulé «Die Mohns» (*). La presse allemande s'étonne elle-même que l'auteur ait été le premier à publier un ouvrage indépendant sur l'histoire et les tractations en coulisses du groupe fondé comme une petite maison d'édition de textes protestants par l'ancêtre Carl Bertelsmann en 1835. Il y a quelques années, quand on vouait encore une adoration presque religieuse aux principes de management de Reinhard Mohn -large autonomie accordée par le propriétaire aux directeurs du groupe, généreuse participation du personnel aux bénéfices-, personne n'aurait osé le faire. Certes, en octobre 2002 une commission d'historiens avait retracé les agissements peu glorieux de Bertelsmann sous le Troisième Reich et en 1985, lors du cent cinquantième anniversaire, l'entreprise avait publié une version expurgée de son ascension. Mais ce n'est que de nos jours qu'il est permis de jeter un regard critique sur une société capitaliste pas comme les autres. Ceci dit, ni Reinhard Mohn ni son épouse Liz n'ont voulu rencontrer l'auteur. Au siège de Gütersloh Liz a condamné l'ouvrage tout en affirmant ne pas l'avoir lu. Le livre a fait scandale parce que l'auteur est allé interviewer la première femme de Mohn, Magdalena, avec laquelle il avait eu trois enfants. Parallèlement il en avait trois avec Liz qu'il n'a épousée qu'après la mort de sa mère. «En fait, je n'existe pas», dit la première femme, autant Liz a réussi à l'occulter. Cela est privé, objectera-t-on. Mais un si mauvais mari peut-il faire des discours moralisateurs sur la responsabilité des dirigeants? La fondation Bertelsmann organise des congrès où intervient tout le Gotha politique allemand. Un mélange détonant!

Quid de l'avenir?

Thomas Schuler s'interroge aussi sur l'avenir de Bertelsmann. Comment réagira la famille, qui contrôle de nouveau étroitement le groupe, en 2005 quand Albert Frère pourra exiger la vente en Bourse de 25 pc de Bertelsmann? On sait que le baron belge avait obtenu la participation en échange de ses 30 pc de l'époque dans RTL Group. L'auteur va jusqu'à imaginer que la famille Mohn pourrait restituer RTL à Frère rien que pour empêcher l'entrée d'actionnaires non désirés. Par quels critères Liz Mohn choisira-t-elle à l'avenir le président du directoire qui succédera un jour à Gunter Thielen, son homme de confiance? L'auteur est circonspect. Il faut savoir que Reinhard Mohn avait eu le génie d'attirer à Gütersloh, méchante ville de Westphalie, des managers hors pair comme Manfred Köhnlechner, Mark Wössner et Thomas Middelhoff. Mais il s'est brutalement séparé d'eux quand il avait l'impression qu'ils devenaient trop puissants. Pourquoi Liz ne ferait-elle pas pareil?

(*) Thomas Schuler: Die Mohn. Campus Verlag de Francfort. 24,90 €. 372 pp.

© La Libre Belgique 2004