Une battante pour Liège

PAR PHILIPPE LAWSON Publié le - Mis à jour le

Entreprise

RENCONTRE

Le départ de Laurent Levaux à la tête d'ABX, filiale logistique de la SNCB, n'aura pas laissé Agoria Liège-Luxembourg orpheline pour longtemps. La section régionale de la fédération multisectorielle de l'industrie technologique est dirigée depuis peu par Marie-Noëlle Bertrand, présidente du groupe Ensival-Moret (environ 600 personnes réparties en France, Belgique et en Chine) dont sa famille est un des actionnaires aux côtés des Français Moret. C'est une première dans l'histoire d'Agoria, d'où la fête qu'on lui fait quand elle arrive aux réunions des responsables de la fédération multisectorielle. Mais c'est surtout sa compétence qui suscite le respect.

Elle mènera donc à terme - jusqu'en mars 2004 - le mandat de l'ancien patron de CMI. Mais il se dit déjà qu'elle a de fortes chances d'être réélue au terme du mandat de remplacement pour un vrai de ticket de trois ans. «Le fait qu'elle ait été patronne d'une PME a beaucoup plu aux membres d'Agoria-Liège-Luxembourg dont la plupart sont des dirigeants de PME. Par ailleurs, elle est aujourd'hui aux commandes d'un groupe à taille internationale, ce qui rassure des patrons qui ont besoin de cette vision», explique-t-on dans son entourage. Et pour ne rien gacher, elle allie simplicité et élégance.

Malgré sa silhouette toute menue, la jeune dame blonde cache une force de caractère et une combativité capables de damer le pion au plus machiste des hommes. «C'est une femme dynamique et compétente», résume un de ses proches. Parallèlement à sa fonction de présidente du conseil d'administration du groupe, la jeune femme de 43 ans est, depuis août 2002, administrateur délégué d'Ensival-Moret Belgium, la filiale belge du groupe qui occupe environ 250 personnes dont la plus grande partie est basée à Pepinster. La spécialité de la société est la fabrication de pompes industrielles à haut débit pour des fluides spéciaux, abrasifs, froids ou chauds (acide sulfurique, acide phosphorique, etc.). Son arrivée à la tête d'Agoria Liège-Luxembourg n'est nullement due au hasard.

Après une licence en sciences économiques à l'Université de Liège en 1984, elle décroche un poste de professeur - dans sa discipline de formation - à l'athénée royal de Pepinster, région dont elle est originaire. «Il y avait à l'époque une pénurie de professeur en sciences économiques», sourit-elle. Elle s'envolera rapidement en 1987 vers d'autres horizons: conseillère de formation en informatique, consultante en management pour diverses sociétés.

Elle créera dans la foulée sa propre société de management, puis glissera rapidement vers les Ateliers de construction de Herstal (ACH), filiale de la société familiale Ensival. Elle en réalise l'audit, puis y occupe la direction générale. Après en avoir assuré le redressement et la vente, elle rejoint la société de fabrication de pompes en 2000 et en prend la direction des ressources humaines. La même année, Ensival opère son rapprochement le groupe français, Moret pour donner naissance à Ensival-Moret. Ayant fait ses preuves, elle est propulsée à la tête de la filiale belge en août 2002 et accède parallèlement à la présidence du groupe international.

Aujourd'hui, elle s'apprête à relever un nouveau défi qui est d'inscrire la section régionale d'Agoria dans une réflexion sur le redéploiement économique du bassin liégeois touché en plein coeur par la crise de la sidérurgie. «C'est nouveau pour moi, mais je compte sur mon expérience et Liège a des atouts. Il faut combattre l'inertie qui subsiste à certains endroits», dit-elle, comptant également sur l'approche féminine pour réussir le pari. «Une femme sait mieux se débrouiller au niveau de l'écoute des problèmes et je privilégie le management participatif. J'ai beaucoup de respect pour le savoir technique et commercial des travailleurs. Il vaut mieux aider les gens à trouver des solutions à leurs problèmes plutôt que d'en imposer», poursuit la maman de deux grands enfants, Amandine (23 ans), étudiante en Administration des Affaires (EAA) à l'Université de Liège et Jean-Baptiste (20 ans) déjà entré dans la vie active.

A la tête d'Agoria Liège-Luxembourg, elle entend défendre l'intérêt des quelque 180 entreprises, membres de la section, ce qui représente un volume d'emploi de 19000 personnes. En bon chef d'entreprise, elle estime qu'il faut diminuer l'impôt et réduire les charges sociales qui pèsent sur les entreprises pour espérer créer davantage d'emplois. «Il faut susciter l'esprit d'entreprendre. De récentes études montrent que les Wallons créent trop peu d'entreprises. La Belgique détient des records européens en matière de charges sociales. De plans sociaux en plans sociaux, nos entreprises finissent par mourir. Je mènerai une croisade pour l'entreprise et l'emploi», martèle-t-elle de sa petite voix. Son discours est proactif et la logique se le dispute à l'émotionnel. Sans effort, on n'obtient rien, serait-on de résumer la pensée de la nouvelle présidente d'Agoria Liège-Luxembourg qui se veut rassurante. «Le travail est la racine de la richesse. A peine sorti de l'école, mieux vaut se dire: allons au four et au moulin pour créer de la richesse au lieu de seulement réclamer sa part du gâteau», prône Marie-Noëlle Bertrand.

Passionnée par sa région, elle croît en l'avenir du bassin liégeois. Mais il faut faire preuve d'ambition, retrousser les manches et se mettre au travail. Dans le cadre de son mandat de présidente de la section régionale d'Agoria, elle participe à un groupe de travail chargé de réfléchir sur le redéploiement de la région liégeoise. «La situation géographique de Liège est un avantage. L'aéroport de Bierset aussi est une des cartes maîtresses de l'avenir du bassin. Sans oublier la logistique ainsi que le rapprochement entre le Port autonome de Liège et le grand port maritime d'Anvers qui vont créer des emplois avec des effets multiplicateurs. L'arrivée du TGV à Liège peut positionner la région comme une banlieue de Bruxelles, ce qui attirera des habitants dans la cité qui est une ville agréable», égrène-t-elle avant de prendre congé pour une ènième réunion d'affaires.

© La Libre Belgique 2003

PAR PHILIPPE LAWSON

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