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Il n’est pas dit que l’hyper bref et le formaté gagnent à tous les coups, ni que toutes les agences de publicité se plient à la nécessité du moindre coût et du moindre effort. Pour promouvoir Slotomania, un nouveau jeu vidéo pour appareils mobiles, les équipes du groupe FCB et Happiness Brussels ont pondu pas moins de 1440 vidéos longues d’une minute chacune… Les agences n’ont pas été victimes d’une quelconque maladie mentale, elles n’ont pas cherché non plus le Guinness Book (quoi qu’elles pourraient songer à contacter sa rédaction). Elles ont simplement voulu donner, pour chaque minute que compte une journée, soit 24x60, une bonne, drôle ou absurde raison de démarrer une partie de Slotomania. Vous avez dit : "Excès de zèle" ? Certes, mais pas uniquement.

L’effort de création, même si les vidéos sont forcément inégales dans leur contenu, est exceptionnel pour une seule campagne de publicité. Du point de vue technique, la production, la diffusion et la vérification de 1440 contenus, même de 60 secondes, relève également de la performance. Il a fallu huit semaines de travail et 320 heures d’enregistrement, mobilisant 73 bureaux locaux de FCB… Tout cela n’est cependant pas vain : ce style de prouesse technique et créatif est du genre à favoriser un surplus de visibilité et de partages sur les réseaux sociaux, où les vidéos vont circuler abondamment. Le ton résolument décalé des scénarios n’y est pas étranger non plus. Chaque minute devant générer sa propre raison de jouer, unique, les clips partent dans toutes les justifications possibles sans jamais se prendre au sérieux : l’ADN du jeu vidéo ne le permettrait pas.

Mais cet humour décalé et martelé 1440 minutes durant a une visée tout ce qu’il y a de plus sérieuse, elle : beaucoup de "gamers" confessent un sentiment de culpabilité ou de gêne lorsqu’ils "perdent" du temps à jouer sur leur smartphone. La crainte de l’addiction et le culte de l’individu surbooké appuient le regard péjoratif qu’on peut ressentir de la part ses proches ou collègues lorsqu’on joue (trop).

Toute la vocation de cette campagne est précisément de déculpabiliser le gamer, de le rendre relax, à tout moment du jour ou de la nuit. On peut prendre un peu de temps pour soi, même aux heures les plus improbables, et il n’est pas nécessaire de trouver une raison "valable" pour cela… Au contraire de ce que FCB se sera esquinté à faire des semaines durant, minute après minute.