Une croix, un mythe

PAR VINCENT SLITS Publié le - Mis à jour le

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Unique. Impressionnant. Visionnaire. Lumineux. Avant-gardiste. Les qualificatifs et autres superlatifs sont nombreux lorsque l'on évoque avec des professionnels de l'immobilier et de l'architecture le siège d'Axa Belgique, feu la Royale Belge. «C'est l'un des bâtiments les plus marquants de l'histoire de l'économie belge», soulignent-ils dans une belle unanimité. Dont la particularité est de présenter l'image de structure sur pilotis «plantée» dans des bassins localisés aux quatre points cardinaux.

Et c'est vrai que cette croix d'acier, de béton et de verre située entre le boulevard du Souverain, en bordure des étangs de Ten Reuken et d'une dernière avancée de la forêt de Soignes, frappe les esprits. Au premier coup d'oeil. C'est sur ce site exceptionnel de la commune de Watermael-Boitsfort que la Royale Belge décidait au milieu des années 60 d'établir son nouveau siège social, quittant le coeur de Bruxelles déjà en proie à un début d'asphyxie. Les architectes belges Pierre Dufau et René Stapels reçoivent alors carte blanche. Le 4 avril 1967 débuta la construction de ce nouveau siège, les travaux de terrassements et de fondations se prolongeant jusqu'à la fin de 1968. Deux ans plus tard, le 25 juin 1970, ce sera l'inauguration officielle en présence de S.A.R. le Prince Albert.

Le résultat sera à la hauteur des attentes. Le tour de force de l'ouvrage est justement d'avoir réussi à intégrer harmonieusement un édifice aussi imposant dans un environnement qui fait la part belle à la nature. «La nature servit de module: elle fait à présent de cet immeuble son miroir où se lit l'arbre, l'eau, l'heure du jour et l'humeur du ciel», souligne d'ailleurs avec un brin de lyrisme un document d'entreprise de l'époque.

Comme l'explique Eric Ysebrant du bureau d'architecture Assar, auteur de la dernière rénovation de l'immeuble il y a quatre ans au moment de la fusion entre la Royale Belge et Axa Belgium, ce bâtiment est presque une «première mondiale» sur le plan architectural. «Les architectes qui ont conçu le siège de la Royale Belge se sont inspirés d'un bâtiment américain de la société américaine John Deere and Co (NdlR: spécialisée dans la production et la vente de tracteurs), bâtiment situé à Moline (Illinois) et conçu par Eero Saarinen (1911-1961), un architecte d'origine finlandaise qui a notamment réalisé le terminal de la TWA à l'aéroport Kennedy» explique-t-il.

Quelques chiffres pour situer l'ampleur de ce siège: la tour s'élève à 50,80 mètres au-dessus du rez-de-chaussée, la superficie brute de bureaux et locaux de service couvre 54000 m2, le socle forme un carré de 84,60 mètres de côté, les parkings peuvent accueillir plus de 1000 véhicules, le restaurant d'entreprise servir plus de 800 repas, le poids total dépasse les 150000 tonnes...

Comme l'explique Gilbert Craen, responsable de «building management» d'Axa Belgique, cet immeuble se caractérise également par les matériaux qui le composent et notamment le fameux COR-TEN, un acier «patinable» qui possède la propriété de ne pas devoir nécessiter d'entretiens périodiques et onéreux grâce à sa résistance accrue à la corrosion atmosphérique.

Actuellement, ce sont au total plus de 3000 personnes qui tous les jours travaillent au coeur de cet immeuble symbole. Au niveau de l'organisation du travail, ce siège social fera date par la transformation de bureaux cloisonnés en paysagers, facilitant la communication au sein de l'entreprise. Ainsi 35 mètres est la distance maximale à parcourir pour atteindre depuis le bureau le plus éloigné, l'élément vital que constitue le «noyau central».

Aujourd'hui, Axa n'est plus propriétaire de son siège social: ce dernier a en effet été vendu au début de cette décennie à Cofinimmo, Axa devenant - au travers d'un bail qui expire en 2018 - le locataire unique des lieux. Pourtant, la Royale Belge avait à l'époque caressé l'espoir de créer une Sicafi dans laquelle devait se retrouver son siège social. Mais la déconfiture des marchés boursiers en a décidé autrement...

Depuis son arrivée à la tête d'AXA Belgique, en avril 1999, Alfred Bouckaert a apporté sa griffe pour «dépoussiérer» une entreprise parfois encore perçue comme une «vieille dame»: une image incompatible avec les valeurs du géant français de l'assurance soucieux de véhiculer au contraire un esprit de dynamisme. Avec Alfred Bouckaert, l'art contemporain a fait son entrée dans le bâtiment prenant la place de tapisseries: AXA Belgique est ainsi propriétaire d'une petite collection d'objets d'art moderne qui ne sont pas confinés dans les bureaux de la direction. «C'est une manière d'affirmer qu'AXA n'évolue pas en vase clos mais au contraire porte un regard sur l'extérieur et veut partager la vision de jeunes artistes sur l'époque que nous vivons», explique Christine Vanormelingen, responsable de la communication chez Axa Belgique. Axa a aussi voulu humaniser son hall d'entrée et adoucir son côté un peu trop «cathédrale»: l'impression de grandeur qui s'en dégageait pouvait parfois donner l'impression d'occulter la relation au client qu'AXA entend pourtant mettre au coeur de sa stratégie commerciale. Ainsi, un espace a été conçu dans le hall pour privilégier les relations avec la clientèle. Mais l'âme et le cachet de ce hall d'entrée si particulier ont été préservés. Ouf!

© La Libre Belgique 2003

PAR VINCENT SLITS

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