Entreprise Sacrifices Analyse

L’annonce faite hier par BNP Paribas Fortis confirme, pour ceux qui en doutaient encore, que le secteur bancaire est en pleine restructuration en Belgique, comme d’ailleurs dans la plupart des pays de la zone euro. Toutes les grandes banques du pays (à l’exception de KBC) ont en effet annoncé au cours de ces derniers mois des plans d’économies, qui passent par des réductions d’emplois mais aussi des sacrifices financiers tels que des baisses de salaires et des fermetures d’agences.

Bien sûr, la crise, d’abord du "subprime" et ensuite de la dette souveraine, est passée par là. Elle a eu pour effet de plomber les bénéfices passés et à venir des institutions financières. Qui ont dû acter de lourdes pertes sur leurs portefeuilles, notamment d’obligations des "PIIGS" (Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne).

Des rendements sur fonds propres à deux chiffres comme dans les belles années, c’est donc bel et bien fini.

Etant donné que ces banques ont été contraintes de réduire fortement leurs bilans, elles ont du même coup limité leurs perspectives de revenus et de besoins d’emplois. A défaut de plantureux bénéfices, il leur faut réduire leurs coûts. L’équation est imparable.

BNP Paribas Fortis paraissait d’autant plus acculée à se lancer dans une cure d’amaigrissement qu’elle avait un réseau d’agences surabondant. La première banque du pays affiche en outre un "cost income ratio" (rapport entre les coûts et les revenus) supérieur à 70, soit un niveau largement au-dessus des seuils jugés raisonnables (soit entre 50 et 60). Son réseau bancaire lui coûte trop cher. C’est une certitude.

De plus, les banques sont confrontées à un autre phénomène : une série du travail est aujourd’hui fait par le client lui-même via le PC banking ou est devenu de plus en plus marginal comme l’achat ou la vente de devises, le détachement de coupons ou le traitement des virements. Ce genre d’activités qui représentaient 85 % du temps de travail il y a quelques années encore, mais seulement 20 % des commissions, tend donc à disparaître. Logique qu’il faille dès lors moins de main-d’œuvre. Quand les clients iront à leur banque, c’est de plus en plus pour avoir du conseil.

La question sera évidemment de voir si les banques ne vont pas trop presser le citron. Et cela, au détriment de la qualité du service. C’est une des craintes des syndicats. Et on ne peut pas leur donner tort.

Ce qui est en tout cas certain, c’est que tous ces plans de restructuration, s’ils paraissent inévitables d’un point de vue de la logique économique, vont créer de la grogne dans le secteur, voire de la morosité. Ce qui n’est jamais bon.