Entreprise

Les ramifications d’Eternit dans quasiment tous les pays d’Europe laissent à penser qu’il s’agit d’un énorme groupe international. D’origine belge ? Ou suisse ? Voire espagnole ou allemande ?

En réalité, il ne s’agit pas d’un seul groupe mais de plusieurs sociétés. Le terme Eternit désigne en fait un procédé de fabrication d’amiante-ciment mis au point par un ingénieur brasseur autrichien, Ludwig Hatschek. Celui-ci baptise son invention "Eternit", la fait breveter en mars 1900 et en vend la licence par pays. "Les concessionnaires étaient tenus de donner le nom Eternit à leur entreprise et à leurs produits et d’utiliser le logo Eternit, indique Eternit Suisse sur son site web. C’est ainsi que de nombreuses entreprises, dans le monde entier, ont repris à leur nom la désignation Eternit et ont fabriqué des produits du même nom." Eternit Suisse l’a acheté en 1902, Eternit Belgique (plus exactement l’industriel Alphonse Emsens) en 1905, etc.

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a aucun lien entre ces différentes sociétés. Des auteurs, parmi lesquels l’historienne Odette Hardy-Hemery, ont en effet pointé la collaboration plus qu’étroite qui a uni, discrètement mais solidement, et tout au long du XXe siècle, quelques grandes lignées Eternit. Parmi lesquelles les familles Emsens (Belgique), Schmidheiny (Suisse) et Cuvelier (France).

C’est d’ailleurs en association avec Jean Emsens, détenteur du brevet et donc de la marque, qu’en 1922 Joseph Cuvelier crée Eternit France. Et ce sont les différentes sociétés Eternit belge, suisse, italienne, autrichienne et espagnole qui créeront Eternit Allemagne. Rien de surprenant donc que les derniers dirigeants d’Eternit Italie soient issus des familles belge (le baron Jean-Louis de Cartier de Marchienne, époux de Viviane Emsens) et suisse (Stephan Schmidheiny).

Si tous les Eternit ne forment pas un seul groupe, certains Eternit nationaux ont créé de véritables empires. Comme Eternit Belgique. En 1922, la société traverse une première fois une frontière, vers la France. D’autres traversées suivront en grand nombre avec la création de filiales en Europe mais également en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Dès les années 50 le groupe se lance dans la diversification (revêtements de sol en vinyle en 1951, plaques de plâtre en 1957, tuiles en béton en 1972, carreaux de céramique en 1985 ). Le nom Eternit est de moins en moins approprié. En 1995, sous la garde des mêmes actionnaires familiaux, le groupe est rebaptisé Etex Group. En 1999, il s’élargit nettement en achetant le groupe britannique Marley. D’autres acquisitions et créations de filiales suivront. Il compte actuellement 92 sociétés dans 42 pays et plus de 14600 personnes dont 1069 en Belgique. Son chiffre d’affaires 2008 s’est élevé à 2,081 milliards d’euros, dont 8 % réalisés au Benelux.

L’amiante qui a fait son succès a totalement disparu des procédés de fabrication. Pour le groupe belge, le processus d’abandon a duré quelque 20 ans, de 1977 à 1997. En 1983, les premiers matériaux en fibres de ciment sans amiante sortaient de l’usine, mais il a fallu près de quinze ans pour qu’ils soient aussi performants.