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Mardi soir, à une heure de grande écoute, Alexis Tsipras s’est donc expliqué sur l’accord qu’il a ramené au pays. Un entretien d’une heure à la télévision publique ERT, celle-là même, ironie de l’histoire, que les Hollandais voulaient l’obliger à fermer durant les négociations à Bruxelles, "car son ouverture était une mesure unilatérale".

Joli pied de nez ! Le seul de la soirée, car, pour le reste, les Grecs n’en croyaient pas leurs oreilles : "Je ne crois pas en cet accord", n’a pas hésité à déclarer le Premier ministre. "C’est un mauvais accord pour la Grèce et pour l’Europe, mais j’ai dû le signer pour éviter une catastrophe."

Autrement dit, un "Grexit" auquel le pays n’était pas préparé et pour lequel il n’avait pas de mandat, d’autant que 74 % des Grecs restent attachés à l’euro et l’Eurozone.

Pire, les Grecs, toujours sonnés par les termes de cet accord signé avec les créanciers, ont appris que le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schauble, honni en Grèce, avait signifié, dès le mois de mars, à Alexis Tsipras que "soit il acceptait ses conditions sans discuter, soit il allait au Grexit".

"Je me suis battu"

Les traits tirés, presque bouffis, mais toujours aussi sûr de lui et aussi à l’aise dans la dialectique, Alexis Tsipras a reconnu avoir fait des erreurs. Il a même endossé celles de son ex-ministre des Finances, Yanis Varoufakis, dont il a salué le travail tout en remarquant que : "L’on peut être un économiste exceptionnel mais un politicien médiocre."

Pour convaincre les Grecs, mais surtout son parti (Syriza) qui l’attend au tournant, il a usé de son arme massue : sa franchise, sa logique. "On peut me reprocher d’avoir cru que le juste pouvait triompher, on peut me reprocher d’avoir cru que nous pouvions changer cette Europe, mais on ne peut pas me reprocher de ne pas m’être battu. Je me suis battu jusqu’où personne ne s’est battu, j’ai été plus loin que là où personne ne s’attendait que j’aille, peut-être même trop loin, selon certains."

Alexis Tsipras a dénoncé la dureté et le cynisme des Européens : "On a négocié loin des principes de démocratie et de solidarité propre à l’Europe", a-t-il martelé à plusieurs reprises. "Et cet accord, c’est ce que j’ai ramené. A nous, gouvernement de gauche, de limiter les dégâts dans son application."

Soutien et fronde

Apparemment, les Grecs ont été touchés par ce discours et cette franchise puisque, selon un sondage paru peu après l’émission et réalisé sur un échantillon de 700 personnes, 72 % de Grecs jugent l’accord "nécessaire" et 70,1 % jugent que le Parlement doit l’adopter. Maria, la cinquantaine, a suivi l’interview. "Ça n’a pas dû être facile. Il a fait ce qu’il a pu. Je lui fais encore confiance", dit-elle. Dora, sa fille, pas du tout. "Il est allé à ces négociations sans plan B, sans avoir préparé la riposte, c’est inadmissible. Un vrai bleu. Jamais je ne le lui pardonnerai !"

Ce dernier avis est largement partagé au sein du parti Syriza. Pourtant, Alexis Tsipras a demandé à ses députés de le soutenir, bien que la majorité du Comité central du parti a rejeté l’ensemble de cet accord et que l’aile dure du Syriza a annoncé qu’elle allait voter contre cet accord. Plusieurs ministres ont déclaré net "qu’ils n’allaient pas voter pour un troisième mémorandum d’austérité". La présidente du Parlement a, elle, souligné "qu’il n’était pas question de voter pour des mesures rejetées par le peuple grec à 61,5 %", allusion au référendum du 5 juillet. Nadia Valavani, vice-ministre des Finances, a démissionné et Yanis Varoufakis a déclaré qu’il allait voter contre car "ces mesures sont toutes récessives et enfoncent la Grèce dans la crise alors qu’il n’y a aucun engagement sérieux sur la dette".