Entreprise Visite à Londres

Un hall d’exposition gigantesque de 90 000 m2, des animations sur les métiers - plus ou moins bruyantes -, 900 journalistes accrédités et 200 000 visiteurs qui scrutent le moindre de leurs gestes, sans oublier la pression de la compétition : mais comment font ces 1 000 jeunes venus des quatre coins du monde pour rester concentrer sur leur travail ? De plus le niveau de la compétition est très élevé - de plus en plus chaque année même - selon la plupart des experts qui ont accompagné les 15 concurrents belges.

Pendant quatre jours, au Excel de Londres, ils ont été confrontés à l’élite mondiale dans les métiers techniques et manuels. Technicien automobile, fraiseur, soudeur, contrôleur industriel, fleuriste, Web designer, imprimeur, infographiste, installateur électrique, cuisinier, gestionnaire de réseaux IT, peintre, carreleur, maçon ou encore menuisier, tous s’étaient préparés intensivement à cette compétition, Sur le plan technique, mais aussi physique et mental. " Ils ont dû se préparer à se mettre dans une bulle lors des heures de compétition pour ne pas se laisser distraire par le public ou le travail des autres. Les activités de team building ont aussi été essentielles pour leur moral. Ils se soutiennent mutuellement , constate Marianne Bury, déléguée technique pour l’équipe belge. Pour certains, la compétition est plus dure que ce qu’ils ne pensaient. On le leur avait dit mais ils ont dû le constater par eux-mêmes ." C’est le cas de Timoti Licata, candidat en soudure : " Cette nuit, j’ai rêvé de la pièce que je devais faire !" "Quand ils arrivent le premier jour et qu’ils découvrent le lieu de la compétition, ils se sentent tout petits" , constate Luc Lagneaux, l’expert qui l’accompagne. " C’est important d’être venus en équipe" , estime Miguël Ocap, candidat en maçonnerie. " Certains ont le moral, d’autres pas. On est là pour s’encourager." Il faut aussi s’adapter. " Le deuxième jour, cela ira mieux car je sais maintenant comment fonctionnent le four et les plaques de cuisson ", explique Damien Gorjanec, candidat en cuisine. " Les ingrédients sont aussi différents. J’ai eu quelques soucis avec la crème et la gélatine qui n’ont pas les mêmes propriétés que chez nous" , constate le jeune homme qui a déjà douze propositions d’emploi. A l’étranger notamment. " Il a été approché par d’autres experts ici , explique Frédéric Deroppe, l’expert belge qui l’accompagne. C’est essentiel pour lui de voyager pour voir ce qui se fait ailleurs ."

L’objectif de l’équipe belge n’était pas de décrocher une médaille. " Nous ne voulions pas faire de nos jeunes des bêtes de concours , nous expliquait, avant le départ, Francis Hourant, directeur de SkillsBelgium, l’ASBL chargée notamment de l’accompagnement de l’équipe belge. Nous visons des médaillons d’excellence qui récompensent des résultats au-dessus de la moyenne. Bien sûr, une médaille serait la cerise sur le gâteau ."

Mission accomplie. Olivier Deloge (22 ans, de Sambreville, notre photo) a décroché une médaille de bronze en imprimerie. " Je savais que j’étais dans les quatre premiers les deux premiers jours. C’était très important de bien démarrer" , nous expliquait Olivier le troisième jour de la compétition. " Aujourd’hui, j’ai commis une erreur. Ce n’est pas facile car on a vraiment la pression du temps. Mais je ne suis pas le seul à m’être trompé , raconte encore le jeune homme qui travaille dans une imprimerie familiale. Avant j’étais dans une grosse structure où il fallait pointer. Maintenant, c’est différent. L’ambiance est meilleure et le travail me plaît plus. Je réalise des cartons pour des invitations par exemple. Sur du papier de qualité. C’est du beau travail ."

Il faut remonter au Mondial d’Helsinki en 2005 pour assister à une présence belge sur le podium : l’or en imprimerie et le bronze en menuiserie. De plus, trois jeunes repartent de Londres avec un médaillon d’excellence : Billy Reuter (20 ans, Butgenbach) en Technologie automobile, Pierre-Olivier Van Isacker (20 ans, Trazegnies) en Electricité et Thomas Palacin-Danthine (20 ans, Waimes) en Infographie. " Ces médaillons sont la preuve de la qualité de la formation initiale de nos jeunes ", explique Francis Hourant.

Le Mondial est l’occasion pour les jeunes de se mesurer mais aussi de mettre en valeur ces métiers techniques et manuels. " Il est important de pouvoir les tester ", estime Francis Hourant. Ce qui fut possible à Londres encore une fois avec de nombreuses démonstrations, animations et ateliers participatifs. On peut pointer, en jouant sur la diversité des genres : réaliser de la soudure virtuelle ou en chocolat, fabriquer une chaise avec du carton, guider un robot, coudre un volant en cuir d’automobile, construire un bateau en bois, assurer le service en restaurant, téléguider un robot,

Si la compétition est importante pour les jeunes compétiteurs et les jeunes spectateurs - venus en nombre, par classes entières - elle l’est aussi pour les experts, observateurs, formateurs, enseignants, " C’est l’occasion de faire des rencontres, d’échanger des points de vue, de voir quelles sont les forces et les faiblesses, C’est important pour s’améliorer , explique Francis Hourant. On a besoin de travailleurs dans les métiers techniques et manuels qui sont en pénurie. Mais il faut que ces travailleurs visent l’excellence, Même si nous avons de bonnes écoles, on voit encore trop souvent des jeunes qui ne sont pas prêts pour le marché de l’emploi à la fin de leurs études . Nous avons beaucoup à apprendre d’autres pays ."

Le prochain rendez-vous est pris : en 2012 pour l’équivalent européen du Mondial, EuroSkills, qui se tiendra à Spa Francorchamps.

La Belgique est dans les starting-blocks