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Alarmiste, la Fédération belge de la distribution ? Pessimiste ? Ou tout simplement râleuse ? Ces derniers jours, en effet, Comeos (ex-Fedis) n’y est pas allée de mainmorte dans ses communiqués et ses commentaires dans la presse, évoquant des millions d’euros de pertes de chiffres d’affaires dans son secteur suite aux conditions climatiques bien peu roulantes, voire paralysantes, et au blocage, volontaire ou involontaire, des camions.

En début de semaine dernière, elle calculait, pour le seul lundi et pour le seul secteur alimentaire, un coût de 50 millions d’euros, "s’ajoutant aux coûts accumulés lors des autres jours enneigés du mois de décembre". Et d’expliquer ces pertes de différentes manières : magasins non livrés, chargements qu’il a fallu faire et défaire, camionneurs bloqués pendant des heures sur les routes, personnel supplémentaire qui s’est tourné les pouces faute de clients, marchandises jetées purement et simplement, etc.

Ce lundi, Comeos remettait le couvert parlant d’"un dernier dimanche de l’année peu rentable pour les commerçants" , en recul de 3 % dans le non-alimentaire par rapport au même dimanche l’an dernier. En cause ? "Les conditions climatiques et la proximité avec le réveillon de Noël." Mais surtout le fait que "la majorité des commerces sont d’ailleurs restés fermés ce dimanche" . Les seuls à avoir enregistré de bons résultats sont les commerces alimentaires de proximité.

L’utilité de tels sondages aux résultats mitigés laisse songeur. Mais plus encore quand on interroge les responsables de quelques grandes chaînes, qui ne semblent pas avoir vraiment pâti de la météo. Pour Blokker, "dans l’ensemble cela s’est bien passé. S’il y a eu des problèmes de distribution, c’est uniquement en Wallonie. Et encore, dans quelques régions précises comme Virton, Arlon, Malmedy. Et sans influence particulière sur le chiffre d’affaires. Dans la distribution, on travaille avec plusieurs semaines d’avance. La totalité des articles de fêtes ont été livrés en octobre et en novembre" . Ce qui ne veut pas dire que ce sont les soldes qui vont en pâtir. "La distribution n’est pas une science exacte. Il nous arrive de nous tromper, de commander trop ou pas assez de marchandises. On ne peut donc pas dire aujourd’hui ce qu’il en sera des soldes. Sauf que la météo de décembre n’y sera pour rien."

Si, chez Décathlon, des étagères étaient vides, c’était bien à cause de la neige. "On a été débordé par la météo, dit-on. Mais pas de la manière que l’on croit. On n’avait pas prévu que les sports d’hiver viendraient jusqu’ici." Et de manquer de bonnets, de vestes, de raquettes Non parce qu’ils n’étaient pas arrivés à temps, mais qu’ils avaient (tous) trouvé amateur plus tôt. "La logistique était plus compliquée, certes. Mais la neige n’a pas interrompu les livraisons."

Dans l’alimentaire, l’humeur n’est pas moins bonne. "Les conditions n’étaient pas idéales, mais pas catastrophiques non plus. On a bien eu quelques camions bloqués localement en Wallonie, mais la flexibilité des chauffeurs a rendu les livraisons possibles. Et si quelques supermarchés n’ont pas reçu les produits annoncés, ils ont proposé des alternatives aux clients. On s’attend à des chiffres similaires à ceux de l’an dernier, indique le porte-parole de Delhaize . Ce qu’on peut dire, par contre, c’est que nos systèmes de commande par Internet et téléphone, Delhaize Direct (livraison en magasin) et Caddy Home (livraison à domicile), ont explosé de plus de 25 %. Du fait d’une météo difficile, mais aussi parce que la semaine précédant Noël était une semaine de travail et non de congé, comme habituellement."

Mêmes échos chez Carrefour. "Nous n’avons pas encore de vue globale, mais dans l’ensemble il n’y a pas de différence par rapport à l’an passé, indique un porte-parole . Il y a eu plus de problèmes de livraison au Sud qu’au Nord du pays, mais sans impact véritable. On a juste noté un déplacement des achats vers nos magasins de proximité." Bref, pas de pertes inconsidérées.

Pour preuve, les banques alimentaires, qui profitent des invendus de la grande distribution, n’ont pas fait le plein cette année "L’une ou l’autre de nos neuf banques aura peut-être fait un peu mieux, mais sans qu’on puisse parler d’une manne" , dit-on.

Alors, alarmiste, Comeos ? Pessimiste ? Râleuse ?