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ÉCLAIRAGE

Six cents millions! C'est le nombre de timbres qui sont sortis, l'an dernier, des presses de La Poste. Il y a dix ans encore, on en comptait près d'un milliard. Mais ces petites vignettes risquent de se faire moins nombreuses au fil des ans: les Belges prennent de moins en moins la plume pour communiquer avec leurs proches et la philatélie ne fait guère plus d'émules. Le nombre de collectionneurs de timbres diminue en moyenne de 5 pc par an, constate la `Direction Timbres-poste et Philatélie´ de La Poste.

Le cru 2002 devrait cependant donner satisfaction à l'entreprise publique puisque depuis le mois d'août, ses rotatives impriment les nouveaux timbres Prior, en circulation dans le pays depuis lundi. `Quand La Poste change ses tarifs, la production de timbres croît en général. Depuis l'été, le nombre de Prior imprimés s'élève à 222 millions. Cette année, on devrait atteindre les 700 à 800 millions de timbres´, souligne Jan Wauters, le responsable de l'Imprimerie du Timbre de La Poste. A l'instar de la majorité des autres pays européens, La Poste belge vient en effet d'instaurer la notion de `Prior´ (la distribution du courrier arrive à son destinataire à J+1, soit endéans les 24 heures) et de `Non Prior´ (J+3). Un nouveau système qui s'accompagne d'une augmentation tarifaire pour le Prior qui passe de 0,42 à 0,49 € mais d'une diminution de 0,01 € pour le Non Prior.

Depuis plus d'un siècle, tous les timbres-poste du royaume sont imprimés à Malines. Il y a près de 10 ans, l'Imprimerie du Timbre a quitté les bâtiments qui l'abritaient en face de la gare pour prendre ses quartiers dans un complexe moderne, dans le zoning industriel de Malines-Sud.

Les premières vignettes étaient imprimées sur une simple presse à mains. Aujourd'hui, elles sont fabriquées à l'aide de techniques de pointe.

Le timbre-poste étant une valeur, le bâtiment répond à des normes de sécurité très strictes, comparables celles de la Banque nationale.

L'Imprimerie du Timbre fait partie de la division `Direction Timbres-poste & Philatélie´, qui dépend depuis deux ans de Vicindo, la filiale de marking direct de l'entreprise publique. Elle emploie 92 personnes, des techniciens pour la plupart qui s'occupent de l'impression, de la préparation et de la fabrication des clichés et des cylindres porte-forme ainsi que de l'entretien et de la réparation des machines et de l'infrastructure. Elle compte aussi, dans ses équipes, deux créateurs graphiques et un graveur. Le bâtiment abrite, par ailleurs, le département de la philatélie (83 personnes) ainsi qu'un dépôt pour stocker les sésames qui seront expédiés, par plaquettes de 100 feuilles de 10, dans les bureaux de poste situés à Bruxelles et en Flandre. Les réserves destinées aux bureaux wallons sont consignées dans un dépôt à Jemelle.

Des kilomètres de bobines de timbres sortent ainsi tous les jours des rotatives de l'imprimerie. Le moindre défaut d'impression est détecté par la machine. Le paquet défectueux passe ensuite entre les mains d'une équipe d'employés qui piste la feuille à problème.

A côté des timbres-poste ordinaires et spéciaux pour la Belgique, l'Imprimerie a décroché, ces dernières années, quelques contrats pour des pays étrangers. `Cela permet de compenser la diminution de la production des timbres nationaux qui commence à se faire sentir´, souligne Christian Salez, l'administrateur délégué de Vicindo. Le Grand-Duché du Luxembourg fait ainsi partie des clients fidèles de l'Imprimerie belge. `Les nouveaux timbres à l'effigie du Grand Duc Henry sont imprimés ici´, précise Jan Wauters. L'Imprimerie du Timbre a aussi reçu des commandes spéciales de la Pologne, d'Israël, d'Irlande, de la Croatie et de la République du Congo. D'autres types de timbres (pour la SNCB, consulaires pour les passeports) ainsi que des cartes prétimbrées sont également conçus à Malines.

Les vignettes à humecter et à coller soi-même représentent toujours la majorité des timbres. Même si leur coût de fabrication est plus élevé, les vignettes autocollantes, vendues uniquement par carnet de 10, commencent à s'imposer. Ainsi, en 2001, l'Imprimerie a produit 335 millions de timbres classiques pour 110 millions d'autocollants. Pour les Prior, la tendance s'inverse, la nouvelle catégorie l'emporte carrément.

Même si le business des timbres, confronté au vieillissement de la population, s'érode d'année en année, la division Timbre & Philatélie demeure une activité très rentable pour La Poste. Son chiffre d'affaires s'élève, bon an mal an, en moyenne à 28 millions d'euros. La majeure partie des revenus proviennent des produits de la philatélie (timbres, cartes souvenirs, entiers postaux, etc). Tous les ans, plus de 400000 collections (tous les timbres émis pendant l'année) sont envoyées à 300000 collectionneurs. La Poste émet, chaque année, entre 20 et 25 séries spéciales à tirage limité, comme le dernier en date, celui de la princesse Elisabeth. Dans le choix des thèmes, elle tente de plus en plus d'attirer d'autres groupes-cibles, comme les bédéphiles. L'an prochain, elle émettra ainsi quatre timbres dessinés par François Schuiten.

Mais pour Christian Salez, ce n'est pas suffisant. Il faut d'autres initiatives pour redynamiser le plus vieux produit de La Poste. Il y a deux ans, Vicindo a lancé un club pour jeunes philatélistes (Stampilou) qui compte aujourd'hui 6000 membres (de 6 à 14 ans).

L'an dernier, la filiale de La Poste a sorti les timbres personnalisés (lire ci-dessous). `Nous planchons actuellement avec Artis-Historia (Ndlr: filiale de Vicindo) sur de nouvelles initiatives visant à stimuler le corps enseignant à utiliser le timbre comme outil pédagogique´, explique Christian Salez.

On le voit, le timbre est loin d'être mort mais il se cherche un second souffle.

© La Libre Belgique 2002