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C'est une évidence désormais consensuelle : la lutte contre les changements climatiques passera impérativement par le secteur de la construction. Quelques chiffres situent clairement l'enjeu : les émissions de gaz à effet de serre, dues au chauffage des bâtiments (et de l'eau sanitaire), représentent aujourd'hui plus de 20 pc des émissions totales de la Belgique et ont augmenté de 12 pc depuis 1990, alors que le protocole de Kyoto nous imposait une réduction globale de 7,5 pc sur cette période.

Pour inverser les curseurs, il faut améliorer la performance énergétique de notre parc immobilier caractérisé par un niveau d'isolation médiocre, équivalent à celui des pays méditerranéens. Sous l'impulsion des contraintes environnementales européennes et alertés par l'explosion des cours de l'énergie, nos pouvoirs publics ont pris (tardivement) la mesure de la situation.

Des normes plus strictes et des incitants financiers ont vu le jour et, bien qu'insuffisants, contribuent à une dynamique positive. Il convient toutefois d'être lucide : une maison bien, voire parfaitement, isolée n'en est pas pour autant idéale. Pour participer efficacement à la chasse au CO2, la construction doit s'inscrire dans une réflexion globale sur l'aménagement du territoire.

Amener une famille à consommer/polluer moins pour se chauffer n'a pas de sens si, dans le même temps, son choix d'habitat conduit ladite famille à mettre quotidiennement deux ou trois voitures sur la route. Une "quatre façades" à haute performance énergétique, construite loin d'un centre d'activités, est moins recommandable qu'un appartement à isolation moyenne situé en ville, à proximité d'une offre de commerces, écoles, distractions, transports publics, voire emplois potentiels.

Le regroupement et la densification de l'habitat constituent de facto des enjeux aussi importants que l'isolation. Il importe, par ailleurs, de faire preuve de prospective; on ne peut se satisfaire de modèles répondant aux exigences de l'époque, mais qui s'avéreront très vite dépassés. Les normes, définies par les Régions pour transposer la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments, sont à cet égard symptomatiques : elles constituent une avancée significative et peuvent, de ce fait, apparaître suffisantes. Elles se révéleront toutefois rapidement obsolètes face à l'évolution annoncée des enjeux environnementaux et des prix de l'énergie.

Pourquoi, dès lors, ne pas intégrer cette donne et placer sans attendre la barre plus haut ? Dans une Belgique à la population réputée avoir une "brique dans le ventre" et où l'habitat semble constituer plus qu'ailleurs un mode d'affirmation sociale, certaines des options évoquées ici seront sans doute difficiles à digérer.

Pourtant, une véritable révolution urbanistique s'impose bel et bien. En douceur dès aujourd'hui, ou demain, avec la brutalité générée par l'urgence...