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Des bâtiments qui ne sont plus nettoyés depuis "des semaines", plus de 4 570 emplois perdus en cinq ans, des contrôleurs débordés par leurs dossiers : les employés du SPF Finances en ont marre. Ils le feront savoir ce mardi en posant, symboliquement, avec un "smiley" (un dessin d’un visage) attristé. "Nous n’avons eu aucune nouvelle du ministre Johan Van Overtveldt (N-VA) auquel nous avions présenté nos griefs en décembre dernier, explique Aubry Mairiaux, président fédéral de l’Union nationale des secteurs publics (partie Finances).

Le syndicat envisage déjà d’autres actions "beaucoup plus conséquentes" (mouvements de grèves, manifestations…) si son message ne passe pas. "On veut arrêter ces attaques gouvernementales contre le SPF Finances. Nous avons déjà perdu plus de 15 % de nos emplois depuis cinq ans. Actuellement, le service fédéral compte 23 000 fonctionnaires, mais certains veulent ramener ce chiffre à 15 000. C’est catastrophique !"

D’après Aubry Mairiaux, les agents fiscaux n’arrivent déjà plus à assurer correctement leurs tâches. "Il est évident que la lutte contre la fraude fiscale n’est pas une priorité des différents ministres." Le président évoque une vision idéologique du gouvernement Michel : celle d’intensifier les contrôles sociaux au détriment des contrôles fiscaux. "Il y a vraiment deux poids, deux mesures, explique-il. On gèle les embauches au SPF Finances et on multiplie les engagements de contrôleurs sociaux. L’idée est que le coût d’un agent est rapidement remboursé avec le montant qu’il va récupérer chez les fraudeurs sociaux."

Attitude "de mépris" du fédéral envers le fisc

Ces décisions du gouvernement sont totalement "aberrantes", d’après le syndicaliste, qui estime que l’Etat remplirait davantage ses caisses en luttant de "manière efficace" contre la fraude fiscale. D’après lui, la fraude fiscale équivaut annuellement à un montant compris entre 20 et 33 milliards d’euros en Belgique. Un message "ambigu" serait aussi donné aux candidats fraudeurs. "Le gouvernement a diminué les sanctions en cas de fraude fiscale mais, en même temps, le ministre Kris Peeters (CD&V) veut quadrupler les sanctions pour la fraude sociale", dit M.Mairiaux.

Le syndicaliste estime que le fisc n’a plus le personnel nécessaire pour pouvoir réaliser les contrôles. Le manque se fait criant dans la traque à la "grande fraude", souvent sophistiquée, de certaines entreprises. "D’importants investissements avaient été réalisés en matière d’informatique dans cette optique. Mais qui va encore entretenir ces logiciels très coûteux ? Nous commençons même à avoir des difficultés dans notre gestion journalière." Un agent a ainsi 800 dossiers à traiter par an en Belgique, contre 300 en Allemagne et 500 aux Pays-Bas.

Au-delà du manque de moyens, le fisc se sent aussi "méprisé" par le gouvernement qui a demandé aux agents d’être plus "corrects" dans leurs contrôles. "On est en train d’agrandir le cliché du fonctionnaire fiscal : celui du vilain petit canard. Mais nous ne faisons qu’appliquer la loi. On n’est pas là pour faire une chasse aux sorcières, mais pour garantir une équité fiscale."