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C’était au début de l’année 2006. L’indice Bel20 ne cessait de grimper, séance après séance. La hausse avait ainsi été de 5,95 % pour le seul mois de janvier, permettant au Bel20 de clôturer le mois à 3 760 points, contre 1 427 points le 12 mars 2003, alors que les armes étaient sur le point de parler en Irak.

L’euphorie était telle que certains voyaient le Bel20 atteindre les 6 000 points à l’horizon de 2009. Il n’y est jamais parvenu, piquant au contraire du nez depuis son plus haut de 2007 à 4 759,01. Hier soir, le Bel20 était péniblement à 2 522,96 points.

C’est dire si les vingt années du Bel20 n’ont pas été de tout repos. Loin de là. Les premières années, pourtant, avaient permis à l’indice de donner pleine et entière satisfaction à l’investisseur : de 1991 à 1998, l’indice avait aligné les hausses successives, à l’exception de l’année 1994. Mais la baisse était restée assez modeste (- 6,2 %).

"Les Bourses ont profité de la tendance structurelle à la baisse des taux d’intérêts, explique Frank Lierman, économiste en chef chez Dexia Banque . Il y avait aussi une politique accommodante de la part des banques centrales pour contrer l’inflation. Cela a aussi aidé les actions."

L’indice Bel20 de l’époque est un lointain souvenir des gloires passées du petit monde économique belge : des Electrabel, General de Banque, GIB, PetroFina, Royale Belge et autre société Générale de Belgique côtoyaient les Delhaize, GBL, Solvay et UCB, qui figurent au nombre des sept rescapés d’il y a vingt ans.

Ce sont d’ailleurs les rachats de Générale de Banque (par Fortis), de la Royale Belge (par Axa) et de la Société Générale de Belgique (par Suez) qui vont permettre au Bel20 d’afficher une superbe performance de 41,4 % en 1998, une hausse annuelle qui n’a, du reste, jamais été égalée depuis lors. "Les acheteurs ont payé des primes pour acquérir ces sociétés belges", rappelle Rudy Vandorpe, Head of Equity chez BNP Paribas Fortis.

L’étoile du Bel20 commence toutefois à pâlir à partir de 1999. "L’introduction de l’euro a changé le comportement des investisseurs. Cela a quand même pesé sur l’indice Bel20", souligne Frank Lierman. Comment ? "Les investisseurs belges ont vendu des actions belges pour acheter des actions allemandes, françaises Le problème, c’était que les valeurs belges étaient de petites valeurs et n’avaient pas beaucoup d’intérêt aux yeux des investisseurs européens", explique Rudy Vandorpe. Les uns vendaient, et les autres n’achetaient pas

Le Bel20 en prend aussi plein la vue, en cette fin de décennie, car on ne jure plus que par la nouvelle économie. C’était l’époque "où on achetait n’importe quoi", rappelle le Head of Equity de BNP Paribas Fortis.

Certaines Bourses flambent, portées aux nues par les valeurs TMT (Technologie, Médias et Télécoms). L’indice Nasdaq de la Bourse américaine vole de record en record, atteignant les 4 700 points en 2000, contre 250, quinze ans plus tôt. Au sein du Bel20, une valeur TMT grimpe au sommet, Real Software. La Bourse de Bruxelles a alors un côté ringard.

La création d’Euronext, en 2000, lui donne une nouvelle visibilité, mais marginalise Bruxelles par rapport aux Bourses française et néerlandaise. "Le poids relatif du Bel20 dans cet ensemble est réduit au minimum minimorum", remarque Frank Lierman.

L’éclatement de la bulle Internet permet toutefois au Bel20 de se requinquer, par défaut : le Nasdaq s’effondre, Real Software n’est plus que l’ombre d’elle-même et quitte le Bel20 et toutes les valeurs TMT en prennent plein la vue. Un exemple parmi tant d’autres. L’action France Telecom avait atteint les 219 euros en mars 2000. Le 30 septembre 2002, l’action est tombée à 6,94 euros.

Ce qui sauve alors le Bel20, ce sont ces bonnes vieilles valeurs de "bon père de famille", qui ont pour nom Fortis, Dexia ou encore KBC, autant de valeurs financières qui passent à travers l’éclatement de la bulle technologique.

Les attentats du 11 septembre 2001 et le spectre de la guerre en Irak pèseront, ensuite, sur les places financières (- 25,8 % pour le Bel20, en 2002). L’invasion de l’Irak et la fin de l’incertitude permettent au Bel20 de rebondir, enfilant les hausses annuelles impressionnantes et touchant son plus haut historique en 2007.

Durant l’été 2008, le Bel20 accueille en son sein GDF Suez. "C’est une aberration. Ce n’est pas une société belge" , remarque Frank Lierman

L’éclatement de la crise financière est terrible pour le Bel20 : l’effondrement des Fortis, Dexia et KBC ramène l’indice à 1 523,47 points, soit à son niveau de 1996. Il est aujourd’hui à 2 522 points, loin des 6 000 points évoqués naguère.

Y arrivera-t-on un jour ? "Un tel niveau n’est pas pour demain ni pour l’année prochaine, sourit Rudy Vandorpe . Il est plus réaliste de tabler sur un retour dans les cinq ans vers le niveau du Bel20 qui était celui des années 1998-1999."

On était alors dans une fourchette de 3 000 à 3 500 points. Le sommet du 23 mai 2007 est encore loin. A se demander si on le retrouvera même un jour