Entreprise Brexit, Turquie-Pays-Bas… La nouvelle donne immobilière est aussi géopolitique.

Le Palais des Festivals de Cannes et ses alentours portent, pour quatre jours, les couleurs de l’immobilier. La 28e édition du Mipim (Marché international des professionnels de l’immobilier) s’ouvre ce mardi matin. Y sont attendus quelque 23 000 participants en provenance de 90 pays. Parmi lesquels 5 000 investisseurs (sociétés immobilières cotées, fonds de pensions, assureurs, patrimoniales…), 500 représentants publics de villes, régions, voire pays, et 450 journalistes. A cette occasion, le Palais déborde de ses murs pour s’étendre, côté ville, sur le parvis devant l’entrée principale, côté Méditerranée, le long de la prolongation de la Croisette, et côté port, dans la gare maritime voisine et dans les dizaines de yachts qui y sont amarrés.

La façade du Palais est énorme, dont certains ont réussi à accaparer un morceau. Comme Istanbul, qui, avec son nouveau pont entre les rives européenne et asiatique du Bosphore, fait également la Une de "Preview", le magazine officiel du Mipim, et celle de l’annuaire - de la taille d’une brique - reprenant les coordonnées des professionnels présents.

Une mise en avant pour le moins surprenante, voire… dérangeante compte tenu de l’actualité. D’autant que c’est la 3e année que la capitale turque s’octroie une telle mise à l’honneur. "Le Mipim ne met plus de pays en avant depuis plusieurs années, réfute sa directrice Presse. Peut-être y reviendrons-nous un jour, mais ce n’est pas au programme pour le moment. Quant à la visibilité de la Turquie, elle n’est pas beaucoup plus marquée que les années précédentes. Nous mettons des espaces d’affichage à disposition de tous. Istanbul en a acheté plusieurs." Que d’autres pays ou sociétés auraient pu réserver… "Le Mipim est neutre, apolitique, poursuit-elle. On est un salon international. On est là pour faire en sorte que les pros de l’immobilier aient connaissance d’un maximum de possibilités d’investissement. La Turquie vient avec un grand nombre de projets, comme d’autres pays. Peut-être veut-elle dès lors plus de visibilité. Mais ce sont les investisseurs qui décideront d’y faire affaires ou pas."

"Invest in Great"… Britain

Si le Mipim ne met plus de pays à l’honneur, c’est qu’il préfère miser sur une thématique plus large, convenant à davantage d’exposants et de participants : "Digital revolution" en 2015, "Housing the world" en 2016, "New deal for real estate" cette année. "Cette ‘nouvelle donne’ en réfère aussi bien à des changements géopolitiques que technologiques et sociétaux, ajoute la directrice Presse du Mipim, qui tous impactent l’immobilier." Et de noter que " sur le plan géopolitique, l’actualité a été plus loin qu’on ne l’imaginait". Avec la Turquie et les élections aux Pays-Bas, mais aussi avec le Brexit, la mise en œuvre de l’article 50 étant annoncée pour cette semaine. "Le Mipim 2017 sera terriblement post-Brexit, ajoute-t-elle. Le gouvernement britannique via son Département du commerce international (DIT) aura son propre pavillon, indépendamment d’entreprises privées ou de villes (Londres, Manchester, les Midlands…). C’est une première que le gouvernement britannique fasse ce type de démarche. La délégation britannique vient en force pour faire la promotion de l’investissement en Grande-Bretagne, soutenue par deux sessions consécutives de conférences, l’une sur ce qui est en jeu pour Londres, l’autre sur les opportunités pour d’autres capitales européennes." La présence britannique est également illustrée par une campagne d’affichage dans et autour du Palais : "Invest in Great", qu’on peut traduire en "Investir en grand" ou "investir en Grande"-Bretagne.

Juppé en visite sur le stand belge

Sur la façade du Palais, à droite des portes d’entrée, la Belgique est également bien visible : un immanquable panneau "Belgium" et des contre-marches d’escaliers reprenant l’identité visuelle du stand "Surreal Estate". C’est que le pavillon belge est accessible de l’intérieur du Palais, mais aussi de l’extérieur. Pour la 3e année consécutive, le pays occupe un espace unique que se partagent la Région bruxelloise, la Région wallonne et les villes de Gand et d’Anvers. Tellement unique qu’Alain Juppé, maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, s’y est invité mercredi après-midi. Pour voir le stand ? Pour initier une potentielle conférence Belgique-Bordeaux l’an prochain, à l’image de Bruxelles et Liège cette année ? A moins qu’à près de 100 jours de la mise en service de la LGV Paris-Bordeaux (le 2 juillet prochain, 2 heures de trajet seulement), il ait décidé de faire le tour des pays et villes de la carte européenne de la grande vitesse ? Il y sera sans doute accueilli avec tous les honneurs - et un verre de bière - par les ministres belges présents à Cannes cette semaine, Cécile Jodogne, Rudi Vervoort et Maxime Prévot.