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Volkswagen était vendredi au coeur d'un nouveau psychodrame, une dispute qui s'envenime avec deux fournisseurs causant de graves perturbations de sa production en Allemagne.

Car Trim, un fabricant de revêtements de sièges, et ES Automobilguss, un producteur de pièces essentiellement pour les boites de vitesse, ont cessé de livrer Volkswagen depuis le début du mois.

La production dans plusieurs usines dont celle d'Emden, qui fabrique des Passat, et celle de Wolfsburg, la plus grosse du groupe, en est fortement perturbée. Par endroits les salariés sont au chômage technique.

Seule la production de la marque VW, l'une des douze que chapeaute le groupe, est pour le moment affectée, mais les autres (Audi, Seat, Skoda...) pourraient l'être également.

Un fournisseur a mis fin à ses livraisons, ce qui conduit "à des goulots d'étranglement dans la production", telle était vendredi, comme la veille, la ligne officielle de Volkswagen. Le président du comité d'entreprise, Bernd Osterloh, fustigeait, quant à lui, dans le tabloïd Bild les fournisseurs "asociaux" qui "jouent un sale jeu".

Les deux entreprises aux trousses desquelles Volkswagen a lancé la justice, sont sorties de leur mutisme vendredi. "Nous ne sommes pas responsables de la crise chez VW et du chômage technique", a fait savoir au nom des deux le directeur général d'ES Automobilguss, Alexander Gerstung, cité par l'agence DPA.

"Transférer ses problèmes"

Car Trim et ES Automobilguss "se sont vues contraintes de cesser les livraisons" pour "protéger (leurs) salariés" après la dénonciation, sans préavis et sans compensation par Volkswagen de plusieurs autres contrats commerciaux, explique M. Gerstung, accusant le groupe de "transférer ses problèmes à ses fournisseurs".

Quels problèmes? Chacun pense au scandale des moteurs diesel truqués, qui a éclaté il y a bientôt un an et précipité le géant automobile - plus de 200 milliards de chiffre d'affaires, près de 600.000 salariés - dans la crise.

Certes les ventes de Volkswagen ont globalement tenu le choc, sauf aux Etats-Unis, mais la question des responsabilités n'est pas tranchée, ni surtout celle de la facture finale, alors qu'une myriade d'enquêtes et de procès sont toujours en cours. Outre les milliards déjà provisionnés, le groupe pourrait faire face à d'autres coûts faramineux. Sans compter que Volkswagen veut se réinventer comme groupe de "solutions de mobilité", ce qui ne va pas sans gros investissements.

De là à penser que, sous la contrainte économique, Volkswagen presse ses fournisseurs comme des citrons, il n'y a qu'un pas.

Selon le quotidien des affaires Handelsblatt, Volkswagen a récemment exigé de ses fournisseurs des concessions de plusieurs milliards d'euros sur les prix. Le journal cite un porte-parole de l'équipementier Prevent, qui évoque "'les conditions inacceptables que VW impose à ses fournisseurs".

Prevent est la maison mère, basée à Wolfsburg comme Volkswagen, de Car Trim et ES Automobilguss. Certains organes de presse évoquaient "des factures impayées" de Prevent à son gros client comme origine de la dispute.

Manque à gagner

La pression mise sur les équipementiers n'est pas le seul fait de Volkswagen. Tous les constructeurs sont exigeants sur les prix, et la qualité s'en ressent parfois, en témoigne la fréquence des gros rappels des dernières années, rappelait vendredi l'analyste automobile Stefan Bratzel.

Ferdinand Dudenhöffer, expert automobile du centre CAR de Duisbourg, juge que l'affaire "pourrait paralyser la production de VW pendant un long moment, et causer un manque à gagner de plus de 100 millions d'euros", dans un commentaire pour l'AFP.

L'expert critique la dépendance envers un seul fournisseur dans laquelle Volkswagen s'est visiblement placé.

Le tribunal de Brunswick (nord) a ordonné en référé aux deux fournisseurs de remplir leurs obligations contractuelles et de reprendre leurs livraisons à leur client, selon un communiqué vendredi. Ni l'une ni l'autre n'ont obtempéré, et ES Automobilguss a même fait appel, selon le communiqué. Une audience des différentes parties aura lieu le 31 août, précise le tribunal.