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Le renouvelable est, on le sait, un sujet à la mode. Même les grands groupes énergétiques européens, qui ont engrangé leurs profits à partir des énergies fossiles, ne ratent pas une occasion de mettre en avant un projet "propre", a fortiori s'il est original. Certaines de leurs réalisations, comme celle impressionnante de Suez dans les Pyrénées (lire ci-dessous), n'utilisent pas forcément une nouvelle technologie. D'autres se veulent plus expérimentales. Cela va de la turbine marine à l'éolienne flottante en passant par la maison qui n'aura pas besoin de chauffage même par temps glacial.

Il paraît que les idées fleurissent par milliers. "On est inondé d'informations sur les avancées technologiques", explique Michel Huart, maître de conférences à l'ULB et secrétaire général à l'APERe (association pour la promotion des énergies renouvelables). Dans ce flot d'innovations, il faut pouvoir faire le tri. Quelles sont les plus prometteuses ?

A entendre Jean-Pascal van Ypersele, climatologue et professeur à l'UCL, le solaire a en tout cas un énorme potentiel. Car, comme il l'explique, "le soleil fournit en une heure la quantité totale d'énergie consommée dans le monde en un an. Et il sera encore là pour 3 milliards d'années. C'est peu dire qu'il représente un potentiel important pour le renouvelable".

Mais cela ne veut pas dire qu'il s'avérera dans tous les cas de figure une ressource profitable. Pour le savoir, il faut pouvoir être patient. "Il faut parfois attendre dix ans pour savoir si les prototypes mis en place auront un intérêt économique", prévient Bart Boesmans, directeur général de Laborelec (centre de recherche pour Electrabel et les intercommunales mixtes). Il prend l'exemple du développement en Espagne d'une application d'énergie solaire couplée à une centrale électrique pour la production l'électricité sans utiliser les panneaux photovoltaïques. "Ce projet paraît intéressant mais personne ne peut déjà dire s'il est compétitif", explique Bart Boesmans.

Ce dernier est, lui aussi, convaincu que le solaire est appelé à un développement important mais qui ne pourra être assuré sans des subsides conséquents. Et qu'on ne vienne pas dire que la Belgique n'y a pas droit sous prétexte qu'il y pleut si souvent. "L'irradiation est suffisante", estime Bart Boesmans. Un des grands enjeux technologique sera de fabriquer des panneaux photovoltaïques selon un procédé industriel et non plus avec des méthodes basées sur la microélectronique. On n'y est certes pas encore.

Comme on n'est pas encore aux turbines à tourner à dix mille lieues sous la mer. Et pourtant beaucoup y voient une solution d'avenir. "La prochaine vague d'évolution technologique viendra peut-être de l'énergie marine", estime Bart Boesmans. On utilise bien le vent pour produire des kwh, pourquoi pas la houle et les courants ? Le tout sera de trouver des systèmes dont les coûts (notamment en termes de connexion au réseau électrique) resteront raisonnables. On sait que le coût pour la collectivité des éoliennes offshore suscite la controverse.

La même question pourrait se poser pour ce projet à l'étude dans le nord de l'Allemagne d'éoliennes flottantes attachées au fond de l'océan.

Du côté de l'éolien onshore, en revanche, il faut peut-être moins s'attendre à des nouveautés technologiques parce qu'on s'approche des limites des lois physiques. Toutefois Michel Huart soulève une piste prometteuse à ses yeux : les projets qui parviendront à coupler l'éolien avec un système de stockage de l'énergie qui permettrait ainsi de compenser le côté variable de la production par l'éolien.

Le développement du solaire, voire de l'éolien, devrait aussi passer par des investissements dans les réseaux de transport. L'énorme potentiel de l'Afrique pourrait ainsi être exporté vers l'Europe. "Le sujet est sur la table", constate Jean-Pascal van Ypersele. L'idée circule de construire un réseau à grande échelle de ligne de courant continu à haute tension de part et d'autre de la région euroméditerranéenne. Récemment, le président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre Gordon Browne semblent s'être montrés favorables à ce qu'on appelle ce "Supergrid".

BELLE AVANCEE

Faut-il toutefois en déduire que, pour la Belgique, les projets d'avenir en matière de renouvelable sont limités ? Bart Boesmans préfère aborder le problème différemment. Pour lui, notre pays doit d'abord miser sur l'efficacité énergétique et sur le développement de la production locale là où c'est possible via, par exemple, un système de microcogénération.

Michel Huart pousse, lui, la réflexion encore plus loin. A ses yeux, Il faut d'abord réfléchir comment consommer moins. "Il faudrait investir dans les solutions comportementales qui sont moins visibles. Comment accompagner les gens à changer d'attitude", explique-t-il. Il faudrait aussi essayer de développer des technologies qui permettent de consommer moins. Il donne à cet égard un exemple frappant. Le passage de la télévision analogique à la télévision numérique (qui exige un décodeur qui fonctionne 24 heures sur 24) a entraîné un surcroît de consommation en électricité. "Si on développait un décodeur qui consomme 5 Watt au lieu de 30 Watt, ce serait déjà une belle avancée", souligne-t-il.

Car, comme le dit Jean-Pascal van Ypersele, "avant de se poser la question de la production propre, il faudrait se poser la question de la consommation propre".