Placements / Marchés On évoque une cession de 25 à 30 % pour 75 millions. Cession très attendue du côté de l’entreprise et de son actionnaire.

La privatisation partielle de la Sonaca semble se préciser. Ergon Capital, fonds de private equity dans le giron de GBL (Groupe Frère), serait entré dans des négociations avancées avec la SRIW, le holding public de la Région wallonne et actionnaire à près de 100 % de la société aéronautique. "La Région wallonne est proche de signer un accord avec le groupe d’Albert Frère pour ouvrir le capital de Sonaca", écrivait hier le quotidien "L’Echo".

Réagissant sur le sujet, le successeur de Jean-Claude Marcourt à l’Economie, Pierre-Yves Jeholet (MR) a souligné hier que la perspective de l’entrée d’un partenaire privé minoritaire au sein de l’entreprise "n’est pas nouvelle", ajoutant que "ce qui prime, c’est l’intérêt de la Wallonie". Une façon de confirmer que quelque chose se trame.

Petite surprise

Du côté d’Ergon, "on ne s’exprime pas sur le sujet".

Pour des analystes financiers spécialisés dans le secteur, l’intérêt d’Albert Frère pour Sonaca est une (petite) surprise. Ergon Capital III, dont la force de frappe est de 500 millions d’euros, a pour particularité d’investir dans des entreprises très diversifiées pour en retirer des (confortables) plus-values, après avoir éventuellement joué un rôle dans la revalorisation de l’entreprise.

Ergon pourrait mettre 75 millions sur la table pour une prise de participation comprise entre 25 et 30 %. Ce montant (une goutte d’eau pour GBL qui a un actif net ajusté de 18 milliards) qui n’est pas confirmé valoriserait la société wallonne à 250 millions d’euros, soit moins de sept fois les bénéfices 2016 (38 millions d’euros).

Il s’agirait donc d’un prix plutôt dans le bas de la fourchette pour une société, il est vrai, qui s’est fortement endettée (environ 300 millions d’euros) depuis le rachat du groupe américain LMI Aerospace. "Le prix d’entrée aurait sans doute été plus élevé si la transaction avait eu lieu avant le rachat de LMI Aerospace", nous explique un analyste. Lequel se demande si Ergon est le partenaire idéal pour l’entreprise de Gosselies compte tenu de son important investissement aux Etats-Unis où elle ambitionne de devenir un partenaire privilégié de Boeing. Les lieutenants d’Albert Frère ont-ils le réseau nécessaire pour ouvrir des portes dans l’Amérique de Donald Trump et en particulier dans le secteur aéronautique ? Il faut donc voir dans Ergon un partenaire financier plus que stratégique.

Nouvelles compétences

Pour le patron de Sonaca, Bernard Delvaux, il ne fait en tout cas pas de doute que d’avoir Ergon comme actionnaire serait "positif" à plusieurs points de vue. "Depuis des années, on estime que Sonaca est avant tout une entreprise commerciale et non un service public. De plus, elle est de plus en plus tournée vers l’international. Il fallait un moment avoir un partenaire minoritaire", nous a-t-il expliqué. Et de rappeler que l’ouverture du capital de Belgacom (rebaptisé Proximus) et de bpost a permis d’apporter des "relais internationaux" dans le conseil d’administration.

Pour la SRIW, l’entrée possible d’Ergon dans le capital permettrait de faire rentrer de la trésorerie alors qu’elle avait participé à l’augmentation de capital à concurrence de 85 millions lors du rachat de LMI (le solde de 15 millions étant souscrit par la SFPI, le holding de l’Etat fédéral)."L’objectif est certes de retrouver des moyens, à affecter dans ce secteur ou dans d’autres, mais aussi d’apporter au conseil de Sonaca de nouvelles compétences alors que la société est confrontée au défi d’un doublement de chiffre d’affaires et d’intégration d’une société de même taille", réagit Olivier Vanderijst, le patron du holding wallon.