Placements / Marchés

Les entreprises technologiques, qui ont mené Wall Street à ses sommets, vivent une période particulièrement chahutée à la Bourse par crainte de voir leurs fabuleux bénéfices s'étioler.

Après un mois d'octobre chaotique sur les places mondiales, les stars de la tech affichent grise mine sur les six dernières semaines. Depuis leurs plus récents pics, Amazon a perdu 18,5%, Alphabet (maison mère de Google) 14%, Netflix 23%, et Apple 17%.

Le mouvement d'humeur s'est même aggravé début novembre pour la marque à la pomme après des prévisions de ventes décevantes pour la fin d'année.

Les investisseurs, qui anticipent d'ores et déjà des sapins de Noël moins garnis en iPhone, ont sanctionné le groupe, le faisant repasser sous la barre symbolique des 1.000 milliards de dollars de valeur boursière.

De l'avis des analystes, ces entreprises qui dictent la tendance de Wall Street, chutent avant tout parce qu'elles ont précédemment collectionné les records.

"Le mouvement a vraiment commencé après le Brexit", affirme Jack Menke, analyste au sein du Nasdaq.

Il rappelle que le secteur a avancé en moyenne de 7% lors des neuf trimestres qui ont suivi le vote britannique car en pleine période d'incertitudes européennes, "les investisseurs du monde entier étaient assoiffés par les perspectives de profits des techs dans un environnement de taux d'intérêt très bas".

Retour sur terre 

La réforme fiscale de Donald Trump adoptée en fin d'année dernière a alimenté le mouvement en permettant à ces groupes de dévoiler des profits records sur les deux premiers trimestres 2018, portés par des économies d'impôts ouvrant la voie à de juteux plans de rachats d'actions et de dividendes pour les actionnaires.

"Nous sommes face à une correction naturelle" désormais, explique M. Menke pour justifier le repli observé ces dernières semaines.

Car après avoir profité d'un alignement des planètes économiques, l'heure est au retour sur terre.

La banque centrale américaine (Fed) est résolument engagée dans des hausses de taux qui renchérissent les emprunts pour les ménages et les entreprises et pourraient aboutir à une baisse de la demande. La hausse du dollar, conséquence des hausses de taux, renchérit pour sa part les produits vendus à l'étranger.

Le croissance américaine bien qu'encore très élevée, pourrait, si elle ralentissait, venir alimenter un mouvement de déprime international. Celui-ci a encore été illustré en octobre par la plus faible croissance trimestrielle en Chine depuis neuf ans.

Or, du coup de téléphone avec un iPhone à l'achat d'un produit sur Amazon, en passant par la projection d'un film via Netflix, les technologies sont ancrées dans la vie quotidienne de milliards de personnes, rendant le secteur particulièrement performant lors de phases de croissance... Mais sensible à tout ralentissement.

Entre la guerre commerciale et la baisse des perspectives économiques mondiales, "les investisseurs voient beaucoup plus de risques de récession qu'il y a encore douze mois" aux Etats-Unis, résume Nate Thooft de Manulife AM.

Régulation 

Autour de ces entreprises, les partenaires commencent justement à ressentir le retournement, à l'instar de Lumentum, un fournisseur d'Apple, qui s'est effondré lundi de plus de 30% à Wall Street en raison notamment d'une baisse de la cadence imposée par l'un de ses plus gros fournisseurs.

L'entreprise n'a pas donné de nom mais tous les regards se sont portés sur Apple, qui a encore plongé.

Le repli du secteur tech à la Bourse, et donc de l'ensemble des marchés, survient alors que ces valeurs sont de plus en plus chères pour les investisseurs.

La comparaison du prix des actions aux bénéfices des entreprises, la formule traditionnellement utilisée, est toutefois encore largement inférieure à ce qu'elle a été juste avant l'éclatement de la bulle internet dans les années 2000.

"En revanche les investisseurs sont moins enclins à payer un petit surplus pour en posséder", estime M. Thooft.

Pour le spécialiste, ces entreprises font en outre face à un mouvement de défiance des investisseurs lié à la crainte d'une régulation accrue après l'éclatement de plusieurs scandales liés à l'utilisation indue de données.

Malgré un Congrès divisé entre républicains et démocrates à l'issue des récentes élections de mi-mandat aux Etats-Unis, cette régulation du secteur pourrait constituer "l'un de leurs rares sujets de consensus", estime M. Thooft.