Placements / Marchés Avec le Brexit et la politique protectionniste du président américain, les entreprises belges ont une carte à jouer sur de nouveaux marchés.

C’est assez rare pour le souligner : un vent "d’optimisme" souffle sur l’Europe. Il provient de l’économie. "Tous les facteurs sont au vert, explique Bernard Keppenne, chef économiste chez CBC Banque. Les prix du pétrole et les taux d’intérêt restent bas, l’euro faible favorise l’exportation et le marché de l’emploi s’améliore."

Bref, pour cette année la croissance pourrait être de 1,8 % sur le Vieux Continent, soit deux fois plus qu’aux Etats-Unis. "En fait, en Europe, le seul risque est politique", poursuit M. Keppenne qui met en avant les échéances électorales à venir dans différents pays européens. Le second tour de l’élection présidentielle française, qui a lieu ce dimanche, est ainsi jugé comme "fondamental" pour l’Europe. D’après l’économiste, une victoire d’Emmanuel Macron entamerait un "mouvement inverse" à la "déglobalisation " constatée depuis plusieurs années. "Le commerce international a chuté entre 2015 et 2016", poursuit M.Keppenne qui évoque un "changement de mentalité", avec notamment la volonté pour les citoyens de consommer via "des circuits de plus en plus courts".

Les élections récentes de Donald Trump aux Etats-Uis ou le vote en faveur du Brexit au Royaume-Uni ont aussi montré que "le protectionnisme" et un certain "repli sur soi" avait le vent en poupe aux quatre coins de la planète. "Mais l’élection de Trump est aussi une opportunité pour l’Europe qui va se voir ouvrir de nouveaux marchés". Même topo pour le Brexit, qui met l’Europe "face à ses contradictions et ses divisions".

Une application pour exporter

Même si beaucoup d’entreprises belges risquent gros avec la sortie du Royaume-Uni (quatrième marché à l’exportation de notre pays), elles auraient une belle carte à jouer sur d’autres marchés, d’après les experts de la CBC.

Selon une enquête menée en avril par la banque, près d’une entreprise belge sur deux (42 %) choisit le commerce international pour se développer. Parmi celles qui n’exportent pas encore, 11 % l’envisagent. "Le Belge a une culture forte et naturelle de l’écoute de l’autre, ce qui est essentiel à l’exportation", explique René Branders, le patron de FIB Belgium, dont le chiffre d’affaires dépend à plus de 95 % des ventes à l’étranger. D’après l’enquête, 96 % des entreprises belges qui exportent le font au sein de l’Union européenne. Elles sont 55 % à investir sur d’autres continents, Etats-Unis (46 %) et Afrique (46 %) en tête. Mais les freins restent nombreux, notamment pour les plus petites entreprises qui craignent avant tout les risques d’impayés. Prospecter des marchés a aussi un coût financier et humain. "Selon moi, une entreprise qui a moins de dix employés ne doit pas tenter l’aventure à l’étranger", poursuit M. Branders. Ce dernier, qui exporte dans près de soixante pays, explique avoir connu seulement "quatre mésaventures" - dont des bateaux remplis de marchandises qui ne sont jamais arrivés en Chine - depuis quarante ans d’expériences à l’étranger.

A noter que les nouvelles technologies pourraient aider les petites entreprises à franchir le pas. Avec l’aide de sept autres banques européennes, CBC va ainsi lancer une application mobile permettant de télécharger les documents nécessaires à l’export, ainsi que la possibilité de suivre la marchandise jusqu’à destination pour ensuite libérer le paiement à la livraison.Raphaël Meulders