Placements / Marchés

Cela devait bien finir par arriver : une caisse d’épargne coopérative allemande, basée à Gmund am Tegernsee, en Bavière, va demander de l’argent à ses clients particuliers pour leur épargne.

Un taux négatif de 0,4 % sera ainsi en effet d’application dès le mois de septembre sur les comptes d’épargne à partir de 100 000 euros. "Pour nos clients d’affaires, cela fait déjà un certain temps que nous appliquons un taux négatif, pourquoi en irait-il autrement pour les clients privés ayant d’importants patrimoines ?", interroge un membre de la direction de la banque bavaroise.

Raiffeisen Gmund am Tegernsee est une petite banque et moins de 140 de ses clients devraient être concernés par ces taux négatifs. Inutile de chercher bien loin les raisons de cette décision qui sort de l’ordinaire et qui a de quoi refroidir plus d’un épargnant. L’application de taux négatifs est une réponse au taux de dépôt négatif (-0,40 %) appliqués par la Banque centrale européenne (BCE) depuis quelques mois. Son président, Mario Draghi, avait toutefois souligné que cette mesure valait pour les banques qui mettent de l’argent en dépôt auprès de la BCE et ne devait en principe pas toucher les épargnants.

Un débat bientôt relancé ?

On le sait, le contexte de taux au plancher pèse sur le "business model" des banques traditionnelles, dont la marge d’intermédiation - la différence entre les taux appliqués sur les crédits aux entreprises et aux particuliers et celui de la rémunération de l’épargne - est mise sous très forte pression.

Les observateurs pointent aujourd’hui du doigt la fragilité des banques italiennes et de certains gros calibres de la banque allemande.

En Belgique, les institutions financières ne peuvent légalement pas pratiquer à ce stade de tels taux négatifs même si virtuellement le rendement de l’épargne est déjà actuellement dans le rouge si l’on prend en compte l’évolution de l’inflation. Chez nous, le taux d’intérêt minimum légal sur les livrets d’épargne est, en effet, fixé à 11 points de base, soit 0,11 %. Il y a quelques mois, plusieurs grands banquiers belges, dont le patron de Belfius Marc Raisière mais pas seulement, avaient interpellé le monde politique mais aussi la Banque nationale de Belgique (BNB), le régulateur du secteur bancaire, pour briser ce seuil minimum garanti. Jugeant la situation des banques potentiellement intenable à long terme.

Un appel du pied alors rapidement rejeté par le ministre des Finances, Johan Van Overtveldt. Pourtant, à en croire les économistes, les taux bas sont appelés à durer. Si le cas, isolé à ce stade, de cette caisse d’épargne allemande devait faire des petits dans le paysage bancaire européen ou si le secteur venait à connaître dans les prochains mois l’une ou l’autre défaillance bancaire, le débat pourrait rapidement revenir sur le devant de la scène bancaire. Ici chez nous…