Placements / Marchés

Depuis plusieurs décennies, le terme « service du personnel » a été remplacé par la formulation « département des ressources humaines ». Ceci démontre à quel point les hommes et les femmes travaillant dans l’entreprise ont été réduits à l’état de ressources. Nous assistons également à une poursuite effrénée vers la performance, l’agilité et vers la création de groupes industriels de plus en plus gigantesques. Parallèlement, on note une progression des cas de stress, de burn-out et de démotivation au sein des entreprises. Comme le soulignait à maintes reprises le regretté Professeur Philippe de Woot, il semble que, trop souvent, nous ayons oublié de mettre l’entreprise au service de l’homme et de placer l’humain au cœur de la société.

C’est dans une démarche analogue que le Docteur Philippe Rodet, médecin urgentiste et Yves Desjacques, DRH du Groupe Casino ont combiné leurs talents respectifs en vue de la rédaction d’un ouvrage publié aux éditions Eyrolles : « Le management bienveillant ». Allier bienveillance et management semble antinomique. Pourtant, le Professeur Rodet démontre que certains comportements libèrent de l’ocytocine et des endorphines qui permettent de diminuer le stress et de favoriser les émotions positives. Pour avoir des collaborateurs motivés, il est essentiel de diminuer le niveau de stress et de déployer des facteurs de motivation. Les deux auteurs se penchent sur le bien-être au travail et sur les bienfaits du management bienveillant.

Mais qu’entend-on par management bienveillant ? Selon Aristote, être bienveillant signifie vouloir du bien à autrui. Chez Thomas d’Aquin, la bienveillance est une décision rationnelle qui suppose que l’on mette en œuvre des actes pour rechercher le bien des autres. Le philosophe Kant va encore plus loin : pour lui, la bienveillance est un devoir d’humanité. Transposée dans le monde de l’entreprise, cette notion ne doit cependant pas être assimilée au simple paternalisme. La mise en place d’un management bienveillant suppose une démarche concrète et structurée. Se pose alors la question de savoir comment protéger les collaborateurs contre le stress et comment donner du sens au travail en entreprise. La façon dont on fixera des objectifs atteignables et dont on fournira une autonomie et une liberté d’action est aussi un facteur essentiel de ce type de management. Et pourquoi ne pas oser la gratitude et prodiguer des encouragements ? Les auteurs proposent également une grille de réflexion afin d’éviter les comportements négatifs comme le mépris ou les incohérences entre les objectifs et l’activité au quotidien. Reconnaître que l’erreur est humaine peut aussi encourager la créativité au sein de l’entreprise.

La mise en place d’un management bienveillant peut être facilitée par la collaboration avec des « bienveilleurs ». « Il s’agit de personnes riches d’une belle sensibilité, fortes d’une réelle empathie, qui vont savoir repérer un collègue, un collaborateur en difficulté, s’adresser à lui, l’orienter en fonction de ses problèmes vers le service RH, un médecin traitant, un médecin du travail. Il vaut toujours mieux alerter à temps qu’alarmer trop tard ». Cette notion de bienveilleurs s’est d’ailleurs déjà concrétisée en Belgique dans la province de Liège au sein de la police notamment. La mise en place d’un management bienveillant s’avère donc être une arme efficace contre les dérives engendrées par le stress et la recherche de la performance à tout prix. A chacun d’œuvrer dans ce sens ! 

---> « Le management bienveillant », Groupe Eyrolles, février 2017, 14,90 euros