Placements / Marchés

La Banque centrale européenne a confirmé jeudi l'arrêt en fin d'année de son ambitieux programme de soutien à l'économie, baptisé "QE", tout en se laissant la possibilité de le prolonger si la conjoncture se détériore. Voici quatre explications sur cette mesure phare, son bilan et l'art d'en sortir sans encombre.

Pourquoi avoir lancé le QE ?

Dès 2012, Mario Draghi avait promis de faire "tout ce qu'il faudra" pour endiguer la crise en zone euro. Mais ses premières mesures, dont l'abaissement drastique des taux d'intérêt, n'ont pas suffi à tirer l'économie suffisamment vers le haut pour ramener l'inflation vers l'objectif de l'institut (un peu moins de 2%).

En janvier 2015, M. Draghi annonce donc des achats de grande envergure d'obligations, c'est-à-dire de dette émise par des Etats. Les obligations d'entreprises en dehors du secteur bancaire s'y sont ajoutées à la mi-2016. Le but est d'éloigner le risque de déflation, un cercle vicieux fait de baisse des prix et de report des décisions d'achat, qui freine durablement toute l'économie.

De quoi s'agit-il ?

L'"assouplissement quantitatif" ("quantitative easing" ou "QE") consiste pour la banque centrale à créer de la monnaie pour acheter sur le marché des emprunts d'État ou privés détenus par des investisseurs.

L'objectif est que ces derniers - des banques le plus souvent - réinjectent les liquidités qu'ils obtiennent en échange dans l'économie, en prêtant aux ménages et aux entreprises qui, à leur tour, doivent stimuler la croissance et l'inflation.

Comme il concerne 19 pays utilisant la même monnaie, le programme d'achats de la BCE est davantage encadré que ceux de la Réserve fédérale américaine (Fed), de la Banque d'Angleterre ou de la Banque du Japon. La BCE s'interdit notamment d'acheter trop d'obligations d'un pays ciblé, pour éviter d'être accusée de financer sa dette publique.

Est-ce un succès ?

Le QE, en faisant baisser les taux, a facilité le financement des entreprises, des ménages et des Etats de la zone euro, permettant à ces derniers d'économiser des milliards d'euros sur la charge de la dette.

Parallèlement, la croissance s'est consolidée tandis que le taux d'inflation est remonté en zone euro, pour atteindre son plus haut à 2,1% en juillet en glissement annuel, poussée par la montée des prix de l'énergie, et de façon plus vertueuse, par un chômage au plus bas depuis neuf ans, à 8,2% depuis mai.

La BCE, qui aura déversé au total environ 2.600 milliards d'euros de liquidités sur le marché entre mars 2015 et décembre 2018, se montre désormais confiante dans les chances de voir l'inflation converger vers son objectif.

Sortie en douceur réussie ?

Jeudi, la BCE a acté l'arrêt graduel du QE entre octobre et décembre de cette année, en ramenant les achats "nets" mensuels à compter d'octobre de 30 à 15 milliards d'euros avant de les arrêter à la fin décembre, sauf si la conjoncture se dégrade fortement dans l'intervalle.

Même après la fin des flux d'achats "nets" sur le marché, la BCE maintiendra son stock pléthorique d'obligations anciennes, en les renouvelant à leur échéance aussi longtemps que nécessaire, ce qui devrait préserver des conditions de financement favorables pour les Etats et entreprises endettés.

A ce jour, la BCE a su éviter toute annonce précipitée qui aurait semé la pagaille sur les marchés financiers, comme en 2013 aux Etats-Unis, lorsque la Réserve fédérale avait soudainement annoncé la fin prochaine de son programme d'assouplissement quantitatif.

L'institution de Francfort avait déjà franchi deux paliers sans encombre, le premier fin 2016, en ramenant le rythme mensuel du QE de 80 à 60 milliards d'euros par mois, puis de 60 à 30 milliards d'euros à compter de janvier dernier.


Les autres mesures annoncés par la BCE

La Banque centrale européenne a maintenu ses taux directeurs au plus bas et compte laisser ce niveau inchangé "au moins au long de l'été 2019", a annoncé une porte-parole de l'institution. Le principal taux de refinancement a été maintenu à zéro tandis que les banques vont continuer à payer auprès de la BCE un intérêt négatif de 0,40% pour les liquidités dont elles n'ont pas l'utilité immédiate.

La Banque centrale européenne a légèrement abaissé sa prévision de croissance pour 2018 et 2019 en zone euro, à 2,0% contre 2,1% et à 1,8% contre 1,9% respectivement, a annoncé son président Mario Draghi. La BCE a cependant maintenu à 1,7% ses prévisions d'inflation pour cette année et les deux suivantes, intègrant ainsi le coup de froid enregistré sur la conjoncture dans un contexte commercial international toujours tendu.