La Chine, géant de la production viticole

On sait que la Chine représente un énorme marché de consommation de vin. Mais saviez-vous que la Chine est un gros producteur de vin et que 85 % des vins consommés en Chine sont produits en Chine?

Baudouin Havaux, en Chine
(150830) -- YINCHUAN, Aug. 30, 2015 () -- Photo taken on Aug. 28, 2015 shows a wine cellar of a chateau at the eastern foot of Helan Mountain, northwest China's Ningxia Hui Autonomous Region. Many chateaus at the eastern foot of Helan Mountain, a golden belt for planting grapes, developed their tourism by attracting tourists with chateau cultures. Ningxia region, which has 590,000 mu (39,333 hectares) of vineyards, has planned to build 10 vineyard towns and more than 100 large-scale chateaus by 2020. (/Wang Peng) (lfj) Reporters / Photoshot
(150830) -- YINCHUAN, Aug. 30, 2015 () -- Photo taken on Aug. 28, 2015 shows a wine cellar of a chateau at the eastern foot of Helan Mountain, northwest China's Ningxia Hui Autonomous Region. Many chateaus at the eastern foot of Helan Mountain, a golden belt for planting grapes, developed their tourism by attracting tourists with chateau cultures. Ningxia region, which has 590,000 mu (39,333 hectares) of vineyards, has planned to build 10 vineyard towns and more than 100 large-scale chateaus by 2020. (/Wang Peng) (lfj) Reporters / Photoshot ©Reporters / Photoshot

Il ne faut pas voir la viticulture chinoise comme un grand vignoble, mais plutôt comme différentes régions qui rivalisent entre elles avec l'ambition de produire de grands vins capables d'égaler et même supplanter les grands crus de Bordeaux.

Certes, les Chinois ne sont pas près d'y arriver, mais quand on observe la progression réalisée en moins de quinze ans, grâce notamment aux conseils d'œnologues français, on est en droit de se poser des questions. La province de Ningxia est l'une de ces régions qui se verrait bien jouer dans la cour des prestigieux terroirs viticoles que compte notre planète.

Des vins de luxe made in China

Située au nord-est de la Chine, la région autonome hui de Ningxia a été créée en 1928 pour accueillir les musulmans chinois, actuellement minoritaires dans cette province. Avec d'autres provinces comme Xinjiang ou Guangdong, c'est l'une des zones émergeantes de production de vin en Chine qui pourrait dans un futur proche revendiquer sa place parmi les terroirs réputés du monde.

Le coup de frein imposé par le président Xi Jinping à l'importation de crus de prestiges, vendus très chers et convertis en objets de corruption, a motivé de nouveaux investisseurs chinois à développer des vins de luxe made in China.

Cette région désertique située à la frontière de la Mongolie intérieure ne comptait il y a peu que des exploitations minières et des centrales électriques. A une altitude de 1 000 m, le vignoble de Ningxia, qui s'étend au pied de la chaîne montagneuse Helan, a pris racine grâce à un programme d'irrigation qui puise son eau dans la Yellow River.

En moins de quinze ans, et sous l'impulsion du gouvernement de Ningxia, plus de 150 châteaux viticoles, à l'architecture ostentatoire un peu kitch, ont éclos dans cette plaine aride. Ce nouvel Eldorado n'attire pas que des riches entrepreneurs chinois ayant fait fortune dans la pétrochimie, le charbon ou la construction. Il séduit aussi des groupes prestigieux et reconnus dans le secteur du vin et du luxe, comme LVMH et Pernod-Ricard. Tous ces domaines ne sont pas encore en production car, bizarrement, les propriétaires choisissent souvent de construire leur château avant de planter le vignoble.

Monsieur Chen et ses 7 000 ha de plantation

Ce n'est pas le cas de Monsieur Chen, un très riche industriel qui a fait fortune dans le secteur alimentaire. Il vit depuis plusieurs années avec son équipe dans un lotissement de baraquements au milieu des 7 000 ha en cours de plantation.

Monsieur Chen nous reçoit dans son bureau aménagé dans un bâtiment préfabriqué. Et la conversation débute autour du traditionnel service du thé. Un art qu'il maîtrise à merveille et qui incite à faire confiance à cet homme qui a décidé de métamorphoser cette plaine sableuse où ne poussaient que des cailloux en un domaine viticole de prestige.

Les plans du majestueux château existent bien, mais ici la priorité est donnée aux plantations. Sur les 7 000 ha de plantation planifiée, à ce jour 700 ha produisent annuellement quatre millions de bouteilles. Assisté d'une équipe technique formée d'œnologues français, on comprend vite que le maître des lieux, jovial mais déterminé, a le caractère assez bien trempé pour mener à bien ce projet pharaonique qui a déjà couté près de 500 millions d'euros.

La médaille d'or et les deux médailles d'argent obtenues lors du dernier Concours mondial de Bruxelles 2016 ne peuvent que l'encourager à poursuivre sa quête de l'excellence. Comme pour l'aménagement d'une nouvelle ville, des dizaines de kilomètres de larges routes cimentées ont été construites pour quadriller les parcelles de vigne. De gigantesques réserves d'eau ponctuent le paysage vierge. Au bout de la propriété, on aperçoit l'impressionnant massif montagneux de Helan qui forme la frontière avec la Mongolie intérieure d'où émergent les vestiges de la Muraille de Chine qui protégeait des invasions mongoles.

Le vignoble est certifié "organic" par cinq organismes internationaux. Monsieur Chen nous avoue qu'il n'a pas beaucoup de mérite car il fait si sec qu'il ne subit pas la pression de maladies ni d'insectes. Il ne traite avec de la bouillie bordelaise qu'à la floraison ou après la pluie. Si les principaux cépages plantés sont internationaux, comme le cabernet sauvignon ou le chardonnay, le marselan, un croisement entre le cabernet sauvignon et le grenache, semble mieux adapté aux conditions locales. Il produit un vin de caractère, sur le fruit, mais plus complexe et plus épicé.

Une nouvelle technique de production

Balayée en hiver par les vents sibériens soufflant du nord-est, la vigne ne supporterait pas le froid si elle n'était pas enterrée sous 50 cm de terre. Le buttage est réalisé après la taille dans la foulée des vendanges. Les sarments et feuilles toujours accrochés au palissage, alors que le tronc a disparu sous terre, montrent l'image surréaliste d'un vignoble qui semble suspendu dans l'air.

Après une quinzaine d'années, le tronc perd sa flexibilité et se casse lorsqu'on le plie pour l'enterrer. Cette durée de vie limitée qui oblige les vignerons à replanter régulièrement et le coût de la main-d'œuvre pour réaliser le buttage, renchérissent considérablement les coûts de production. Pour éviter ces inconvénients, une nouvelle technique est expérimentée. Elle consiste à planter la vigne dans un sillon de 30 à 50 cm de profondeur qui sera recouvert de terre en hiver. La vigne est taillée de façon à obtenir un pied d'une dizaine de centimètres de haut sur lequel vont se développer les sarments.

Caractéristique des climats continentaux, la température atteint 38°C pendant l'été. La pluviométrie limitée à 200 ml n'est pas suffisante pour la culture de la vigne. L'eau pompée dans le Huang He est distribuée à chaque pied de vigne par un réseau d'irrigation goutte à goutte mis au point par les Israéliens.

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