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La monnaie virtuelle bitcoin a franchi mercredi pour la première fois le seuil de 10.000 dollars après avoir vu sa valeur multipliée par dix en moins d'un an, suscitant un intérêt des investisseurs mais aussi un risque de bulle croissants.

Le bitcoin, qui s'achète et se vend sur des plate-formes spécialisées sur internet, valait 10.058 dollars (8.489 euros) dans les premiers échanges en Asie, selon des données compilées par l'agence Bloomberg. Vers 09H30 GMT, il valait 10.637 dollars.

A la mi-octobre, la monnaie cryptographique s'échangeait encore à 5.000 dollars, soit moins de la moitié la valeur atteinte mercredi. La récente flambée est d'autant plus spectaculaire que le bitcoin avait commencé l'année autour de 1.000 dollars.

Il a été fortement stimulé le mois dernier, après que l'américain CME (Chicago Mercantile Exchange) Group, l'un des plus important opérateurs boursiers mondiaux, a annoncé fin octobre le lancement prochain de contrats à termes de bitcoins.

Cette annonce a déclenché une poussée de sa valeur, alors que le nombre de bitcoins pouvant être mis en circulation est limité. Ainsi, la capitalisation totale de la cryptomonnaie s'élève à environ 180 milliards de dollars, selon les données du site coinmarketcap.com qui suit les capitalisations boursières des cryptomonnaies.

A titre indicatif, le groupe Coca-Cola est valorisé à 195 milliards de dollars.

Sans existence physique, le bitcoin qui ne valait que quelques centimes en 2009 lors de son lancement, s'appuie sur un système de paiement de pair-à-pair basé sur la technologie dite "blockchain" ou "chaîne de blocs". Il s'échange sur des plateformes spécifiques sur internet et n'a pas de cours légal.

Il n'est pas régi par une banque centrale ou un gouvernement mais par une vaste communauté d'internautes et accepté dans un nombre grandissant de transactions (restaurants, immobilier, etc.).


Alternative ou escroquerie ?

Mais cette monnaie cryptographique provoque de nombreuses critiques, notamment d'institutions financières telles les banques ou de gouvernements qui ne peuvent la contrôler.

A la mi-septembre, le PDG de JPMorgan, Jamie Dimon, avait ainsi estimé que le bitcoin était une "escroquerie" destinée à "imploser", tandis que le patron de Credit Suisse, Tidjane Thiam, avait déclaré récemment que c'était "la définition même d'une bulle".

Les montagnes russes du bitcoin avivent la crainte d'un emballement spéculatif.

"C'est une bulle et il y a beaucoup de mousse. Ca sera la plus grosse bulle de notre vie", a prévenu Mike Novogratz, gestionnaire de fonds spéculatifs, lors d'une conférence sur la cryptomonnaie mardi à New York.

Stephen Innes, chez le courtier Oanda à Singapour, a de son côté mis en garde contre des "chiffres fous" et ajouté: "Je crains que les détaillants ne sautent sur l'occasion sous le faux prétexte que cela fonctionnera pour toujours".

"Nous savons que les choses ne sont pas aussi simples", a-t-il relevé.

La Chine a banni en septembre les échanges de monnaies cryptographiques sur les plateformes du pays en assurant vouloir contrer les "activités illégales" mais également endiguer les risques potentiels pour son système financier.

L'interdiction chinoise a momentanément chahuté le marché, mais les cours ont rapidement repris leur irrésistible ascension.

Pour ses défenseurs, le bitcoin offre une alternative sécurisée aux devises traditionnelles: le "blockchain" rend les transactions infalsifiables car, afin de modifier une information, il faudrait la changer simultanément chez tous les utilisateurs.

Cette caractéristique intéresse fortement le secteur bancaire, où le "blockchain" pourrait ouvrir de nouveaux horizons, simplifier les transactions dématérialisées et générer des économies.

A Wall Street, la banque d'affaires Goldman Sachs envisage également de spéculer dessus pour le compte de ses clients, avait indiqué à l'AFP début octobre une source proche du dossier. Sa rivale JPMorgan Chase s'est également dit "très ouverte" aux monnaies cryptographiques "proprement contrôlées et régulées".

"Je pense qu'on est toujours sur une tendance haussière forte", a indiqué de son côté à l'AFP, Kay Van-Petersen, stratégiste chez Saxo Bank à Singapour. Il prédit ainsi que le bitcoin pourrait valoir entre 50.000 à 100.000 dollars dans les 6 à 18 mois prochains.

Alors que certains analystes s'attendent à un retournement du cours de la cryptomonnaie, ses partisans disent faire un un pari sur le long terme et considèrent le lancement de CME comme le prochain grand test.

"Si elle survit au CME, il n'y a aucune raison qu'elle ne continue pas à augmenter", a déclaré à l'AFP Greg McKenna, stratège en chef chez AxiTrader.