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Les cours du pétrole ont chuté mercredi au plus bas de l'année, sous le coup de chiffres hebdomadaires franchement défavorables sur l'offre américaine, les stocks de brut ayant bondi tandis que la production a poursuivi sa reprise.

Le prix du baril de "light sweet crude" (WTI), référence américaine du brut, a perdu 2,86 dollars à 50,28 dollars sur le contrat pour livraison en avril au New York Mercantile Exchange (Nymex), soit la première fois qu'un cours de référence finit aussi bas depuis décembre.

A Londres, le cours du baril de Brent de la mer du Nord a cédé 2,81 dollars à 53,11 dollars sur le contrat pour livraison en mai à l'Intercontinental Exchange, finissant là aussi au plus bas de 2017.

"C'est un raz de marée sur le pétrole !", s'est exclamé Phil Flynn, de Price Futures Group. "Les investisseurs s'affolent parce que l'on a annoncé une très forte hausse (...) des réserves américaines."

Depuis plusieurs séances, les observateurs soulignaient que le marché courait le risque d'un brusque mouvement face au niveau très élevé de positions spéculatives et le département de l'Energie (DoE) en a donné l'occasion mercredi.

Dans ses chiffres hebdomadaires, le DoE a annoncé un bond d'environ huit millions de barils des stocks de brut aux Etats-Unis, alors que cela fait déjà plusieurs semaines qu'ils s'inscrivent à des niveaux sans précédent.

"Les investisseurs sont nerveux parce que l'on ne comprend pas d'où vient tout ce pétrole", a reconnu M. Flynn, apportant pourtant lui-même un élément de réponse: la production américaine, "revenue à son niveau d'il y a un an".

De fait, la production a encore avancé, selon les chiffres du DoE, alimentant les craintes d'une reprise durable et marquée de l'activité des compagnies américaines, notamment dans l'exploitation du pétrole de schiste.

Seul élément favorable de ce rapport, "les réserves de produits ont enregistré des baisses encourageantes, car elles laissent croire à une meilleure demande", a écrit Tim Evans de Citi.

Les stocks d'essence, surtout, ont chuté, mais les cours de ce produit pétrolier n'en ont profité qu'un bref moment avant de sembler entraînés par la chute des prix du brut.

- L'Iran casse ses prix -

Dans l'ensemble, la situation américaine semble donc défavorable et "diminue la confiance dans la capacité de l'accord de limitation de production de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) à mettre un terme à l'excès d'offre", a commenté Jasper Lawler de London Capital Group.

Les membres du cartel participent depuis le début de l'année à des accords de baisses de production et cette idée a largement contribué à soutenir le marché, même si les observateurs restent prudents sur leur bonne mise en oeuvre.

Elément d'inquiétude, "l'Iran a abaissé hier soir le prix de vente de son pétrole", a rapporté Bob Yawger, de Mizuho Securities. "C'est bizarre de voir des membres de l'Opep abaisser leurs prix... Alors que c'est leur production qu'ils doivent réduire."

L'Iran est certes exempté de réduire sa production, comme il vient de faire son retour sur les marchés mondiaux à la suite de la levée de sanctions internationales, mais il est tout de même tenu à des quotas.

Dernier facteur négatif mercredi, les analystes remarquaient que le dollar continuait à se renforcer, après un bon indicateur sur le marché de l'emploi aux Etats-Unis, ce qui est susceptible de freiner le marché pétrolier car il est libellé en monnaie américaine.