Placements / Marchés

Par Isabelle de Laminne, Responsable du blog www.moneystore.be

Les crypto-monnaies (cryptocurrencies en anglais) sont des monnaies digitales dont la création et le transfert sont basés sur des technologies de cryptage dont la plus connue est la technologie du blockchain. Il existe plus de 1.000 monnaies virtuelles dans le monde. Les plus utilisées sont le Bitcoin et l’Ether (aussi appelé Ethereum). La capitalisation de ce marché est estimée selon les observateurs entre 1 et 10 milliards de dollars.

Il ne faut cependant pas confondre les monnaies virtuelles et les monnaies numériques. Nous payons déjà nos achats avec des cartes de crédit ou des Smartphones mais les paiements sont effectués dans des devises réglementées et inscrits sur nos comptes bancaires. L’argent est stocké de façon numérique sur nos comptes et peut être utilisé pour effectuer ou recevoir des paiements.

Un moyen de paiement ?

Les monnaies virtuelles n’ont pas cours légalement, elles ne peuvent être considérées comme des monnaies. « Pour être considérée comme monnaie, une forme de monnaie doit être utilisée comme unité de compte, une réserve de valeur et un moyen d’échange », explique Martin Arnold, Stratégiste chez ETF Securities. Les monnaies virtuelles sont essentiellement utilisées comme réserve de valeur et très occasionnellement pour effectuer des achats ou des ventes de biens et services mais, in fine, les montants sont généralement transférés vers des comptes libellés en devises souveraines.

Les monnaies virtuelles, essentiellement le Bitcoin, sont extrêmement volatiles. Il est donc difficile d’en faire un instrument monétaire d’échange stable. « La stabilité des prix est essentielle pour que les monnaies soient un moyen d’échange fiable : si un panier de biens donné coûte 100 livres aujourd’hui et 50 livres dans une semaine, cela dissuade l’adoption d’une monnaie virtuelle à grande échelle », estime Martin Arnold. Cependant, certaines sociétés de paiement ont déjà franchi le pas. American Express s’est associé à la société Abra permettant ainsi aux titulaires de cartes d’effectuer des opérations pour la première fois en Bitcoin sur cette application de paiement de pair à pair.

Un instrument de placement ?

Certains investisseurs particuliers achètent du Bitcoin comme instrument de placement ou plutôt, devrait-on dire, de spéculation. Compte tenu de la grande volatilité de ces monnaies virtuelles, ce type d’investissement ne peut se concevoir que pour des investisseurs avertis et qui sont prêts à prendre un risque non négligeable. Certains grands gestionnaires de fonds, comme Fideltiy Investments par exemple, ont intégré les monnaies virtuelles dans les positions de portefeuille. Cette firme a aujourd’hui mis en place sur son site Internet la possibilité d’afficher des positions en Bitcoin, Litecoin et Ethereum, ce qui permet d’intégrer ces positions dans une vue globale du portefeuille d’actifs. Cependant, la firme de gestion ne permet pas d’exécuter des transactions dans ces monnaies mais seulement de consulter ses avoirs en devises virtuelles grâce à un accord avec Coinbase, une plateforme qui permet les échanges en crypto-monnaies.

Par ailleurs, on voit proliférer les ICO (Initial Coin Offerings) qui sont l’équivalent des IPO (introductions en bourse) mais en monnaie virtuelle sur des plateformes dédiées aux crypto-monnaies. Ces opérations présentent des risques non négligeables en matière de transparence mais aussi liés à la monnaie virtuelle très volatile.

Un outil de politique monétaire ?

L’expansion de l’utilisation de ces monnaies pourrait donner des idées aux autorités monétaires. Mais, en réalité, par leur nature décentralisée et comme il n’existe pas de contrepartie de confiance qui par essence garantit la monnaie, les crypto-monnaies contournent les canaux monétaires normaux. Les politiques monétaires traditionnelles pourraient être mises à mal si l’utilisation des monnaies virtuelles se généralisait. Mais pour se généraliser, ces moyens de paiement devraient acquérir la confiance du public. Ils devraient également être moins volatils. Par ailleurs, l’offre de ces monnaies est par essence limitée. On ne peut donc jouer sur la masse de monnaie comme instrument de politique monétaire. Elles ne sont dès lors pas adaptées comme outil de politique monétaire.

Une monnaie virtuelle émise par une autorité centrale serait-elle cependant concevable ?

« Une monnaie digitale émise par une autorité centrale mais utilisant un cadre de légitimation décentralisé pourrait réduire le nombre d’intermédiaires et accroître l’efficacité et l’efficience de la politique monétaire de plusieurs façons. Premièrement, les transactions seraient vérifiables de manière indépendante et cela augmenterait sans doute la transparence. Deuxièmement, le règlement de la monnaie en dehors d’une seule entité pourrait permettre de gagner du temps et être moins coûteux. Il est important de souligner qu’en distribuant les fonds directement aux consommateurs et aux entreprises, la transmission de la politique serait plus directe, contournant essentiellement le système bancaire », prévient Martin Arnold.

Certaines banques centrales à travers le monde se sont penchées sur l’opportunité de lancer une crypto-monnaie mais, pour le moment, la volatilité élevée, le manque d’utilisation généralisée, les difficultés relatives à la fixation des prix et à la distribution rendent ce type d’émission peu réaliste.

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