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Les ministres de l'Économie et de l'Agriculture du Brésil ont nié lundi toute irrégularité après que leurs noms ont été liés à des sociétés offshore dans des paradis fiscaux parmi les révélations des "Paradise Papers".

Tous deux sont cités par le site Poder360, média brésilien ayant participé au Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) s'appuyant sur la fuite de 13,5 millions de documents financiers.

Considéré comme un des candidats crédibles pour l'élection présidentielle de 2018, le ministre de l'Économie Henrique Meirelles a reconnu être lié à la Sabedoria Foundation, basée aux Bermudes depuis 2002.

Son ministère a affirmé dans un communiqué que cette fondation était une "structure philanthropique" destinée à recevoir "une partie de l'héritage" de M. Meirelles, qui serait ensuite reversée après sa mort "à des activités caritatives liées à l'éducation au Brésil".

Le texte assure également que les 10.000 dollars versés pour créer la société ont été déclarés au fisc et que la fondation est restée depuis "inactive et le restera jusqu'à la mort de M. Meirelles".

Le ministre a expliqué que cette fondation avait été créée à l'étranger parce qu'il vivait à l'époque aux Etats-Unis, avant de devenir président de la Banque centrale brésilienne, de 2003 à 2010.

Le ministre de l'Agriculture Blairo Maggi a pour sa part affirmé dans un communiqué "ne pas être un bénéficiaire direct" de la société Amaggi Louis Dreyfus Zen-Noh International Ltda", mentionnée dans les "Paradise Papers".

Cette société, basée aux Îles Caïman, est la filiale d'une joint-venture entre Amaggi -- entreprise agro-alimentaire appartenant à la famille du ministre - et le groupe français Louis Dreyfus Commodities.

Le groupe Amaggi a expliqué que ses actionnaires "reçoivent des dividendes de la filiale étrangère de façon indirecte", et de manière "parfaitement légale" au regard des lois du Brésil et des Îles Caïman.

Le site Poder360, a également révélé que l'homme le plus riche du Brésil, Jorge Paulo Lemann, qui contrôle notamment Burger King et le géant de la bière InBev, est lié à 20 sociétés basées dans des paradis fiscaux.

Dans un communiqué envoyé à ce site, M. Lemann affirme avoir décidé de ne plus être résident fiscal au Brésil en raison de "l'expansion de ses affaires".

L'enquête sur les "Paradise Papers" met en lumière les circuits auxquels ont recours les personnes fortunées et les multinationales pour déplacer leurs fonds dans des pays n'ayant pas ou peu d'impôt. Une pratique qui joue des failles réglementaires mais qui en soi n'est pas illégale.


Wilbur Ross dit n'avoir rien fait de répréhensible

Le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, actionnaire de Navigator Holdings, a nié lundi tout lien "répréhensible" entre cette entreprise et la société russe Sibur, dont les relations ont été révélées par les "Paradise Papers". "Il n'y a absolument rien de répréhensible" là-dedans, a expliqué M. Ross à la BBC, estimant que les médias "en rajoutent beaucoup" dans cette affaire.

D'après les informations diffusées par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), regroupant 96 médias de 67 pays, M. Ross est actionnaire de Navigator Holdings à hauteur de 31% via des entités offshore. Or l'un des principaux clients de Navigator Holdings est la société russe de gaz et produits pétrochimiques Sibur, dont l'un des propriétaires est Guennadi Timtchenko, un oligarque proche du président russe et sanctionné par le Trésor américain.

"Navigator affrète juste des bateaux" pour Sibur, a toutefois expliqué M. Ross. "Il n'y a pas de liens au niveau des conseils d'administration, pas au niveau des actionnaires, je n'ai rien eu à voir avec la négociation de cet accord", a-t-il martelé, ajoutant que ce contrat avait même été négocié avant qu'il n'intègre le conseil d'administration de Navigator.


Obliger les Etats européens "à accélérer le mouvement"

Les révélations des Paradise Papers constituent une "bonne nouvelle" dans la mesure où elles vont contribuer à faire prendre conscience aux Etats de l'UE de la nécessité de progresser rapidement dans la lutte contre la fraude et l'évasion fiscale, a estimé lundi le commissaire européen aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici. "Il faut des actions décisives", a-t-il insisté. "Ce scandale montre qu'il y a encore des entreprises prêtes à beaucoup, sinon à tout, pour éviter de payer des impôts", a souligné le commissaire français en prélude à une réunion de l'Eurogroupe, l'organe informel rassemblant les ministres des Finances de la zone euro.

D'après M. Moscovici, les Etats membres doivent concentrer leurs efforts sur quatre fronts en priorité. En premier lieu, ils peuvent agir en approuvant une proposition de la Commission qui vise à obliger les avocats, les consultants fiscaux et les intermédiaires financiers à mettre le fisc au courant des montages qu'ils proposent à leurs clients.

Les pays de l'UE doivent aussi se mettre d'accord sur la publication d'une liste noire des paradis fiscaux, a déclaré le commissaire. Les Etats membres cherchent depuis des mois un terrain d'entente sur cette question, mais la définition d'un paradis fiscal varie toujours beaucoup d'une capitale à l'autre.

De petits Etats - tels que le Luxembourg, Malte ou encore l'Irlande - attirent notamment les sociétés étrangères grâce à une politique fiscale attractive. Pour vaincre leurs réticences, la liste noire envisagée ne concernerait que des pays n'appartenant pas à l'UE.

"Je souhaite que cette liste soit publiée rapidement. Le contexte nous oblige, encore plus, à aller vite", a martelé M. Moscovici. "Je veux une liste qui soit forte et crédible, pas excessive, mais juste."

Le commissaire a par ailleurs plaidé pour la mise sur pied d'une assiette commune consolidée d'impôts des sociétés dans l'UE, tout comme pour une lutte plus efficace contre la fraude à la TVA, en particulier transfrontalière.