Placements / Marchés Le Premier dément les infos sur des conditions plus restrictives. Le MR appelle la BNB à revoir sa copie.

Vendredi matin, à l’occasion de la traditionnelle conférence de presse dans le "bunker" rue de la Loi, à l’issue du Conseil des ministres, Charles Michel est sorti de ses gonds. En cause : les "fake news" qui circulent à propos des resserrements des conditions des prêts hypothécaires qui seraient demandés par la Banque nationale. Il est faux de dire que les banques ne pourront plus prêter au-delà de 80 % de la valeur nominale du bien immobilier, a fait comprendre le Premier ministre MR. Cette information s’était répandue comme une traînée de poudre ces dernières semaines alors que le député bruxellois Benoît Cerexhe (CDH) avait fait une sortie percutante à travers un communiqué pour dire que ce "serait un terrible coup dur pour ceux qui veulent devenir propriétaires".

"Réalité des faits"

Du côté du cabinet du Premier ministre, on tient à préciser "la réalité des faits" sur ce sujet hautement sensible. Des recommandations ont été faites au niveau européen (sur base d’un rapport de l’European Systemic Risk Board) afin de limiter la vulnérabilité du secteur bancaire par rapport au marché immobilier. Le but est d’éviter une crise du type "subprime" qui a provoqué la déroute de nombreuses banques en 2008. Une série de mesures avaient déjà été prises en 2013 par le gouvernement Di Rupo, qui viennent à échéance fin mai.

La proposition de la Banque nationale était de prolonger et ajuster ces mesures par des exigences un peu plus fortes en termes de fonds propres pour les banques qui accordent des prêts au-delà des 80 %. De quoi susciter des critiques de la part de ceux qui estiment qu’il n’y a aucun risque de bulle immobilière en Belgique. Et que, donc, on va pénaliser inutilement les candidats acquéreurs sans capital de départ.

Du côté du gouvernement, on veut relativiser les effets négatifs de telles mesures pour les candidats acquéreurs qui n’auraient pas des moyens financiers confortables. Le coût supplémentaire pour l’emprunteur est limité (lire ci-dessous), nous explique Frédéric Cauderlier, le directeur de communication de Charles Michel. Et "le gouvernement n’a pas encore pris de décision", précise-t-il.

Il n’en reste pas moins que la polémique de ces dernières semaines perturbe le calendrier du gouvernement. Comme on l’a écrit, le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA) a jusqu’à fin mai pour intégrer les mesures préconisées par la Banque nationale dans un arrêté royal.

Il semble bien que le ministre des Finances soit acculé à attendre que le débat s’estompe pour faire passer un arrêté qui pourrait mal passer auprès des jeunes candidats acquéreurs.

Olivier Chastel exige des alternatives

A moins que le ministre soit amené à demander à la Banque nationale de revoir sa copie. C’est du moins la demande qui est formulée de manière "catégorique" par le président du MR, Olivier Chastel, dans un communiqué publié vendredi. "Pour le MR, l’accès à la propriété est fondamental, en particulier pour les jeunes. Le MR refusera donc toute initiative susceptible de contrevenir à cet objectif et qui modifierait la situation actuelle", souligne-t-il.

L’information qui a circulé ces dernières semaines fait suite à une recommandation de la Banque nationale de Belgique, qui agit ici en tant que régulateur. "Si une amélioration de la solvabilité des banques est nécessaire, le MR invite le régulateur à proposer des alternatives", conclut-il.

Nous n’avons pas réussi à avoir une réaction officielle de la Banque nationale.


Un coût supplémentaire limité pour les emprunteurs

Exemple. Tant du côté du gouvernement que de la Banque nationale, on entend dire que les mesures proposées en termes d’exigences de fonds propres en cas d’un prêt hypothécaire au-delà de 80 % de la valeur nominale devraient avoir un effet limité sur le coût supplémentaire pour l’emprunteur. Si la somme empruntée dépasse les 90 % et qu’elle s’élève à 200 000 euros, cela représenterait un coût supplémentaire de 2 800 euros sur 20 ans, nous explique-t-on au cabinet du Premier ministre.

Réaction d’Olivier Chastel. Dans son communiqué publié vendredi, le président du MR va même plus loin par rapport aux différences de coûts. "Aucune décision n’a été prise par le gouvernement fédéral. Ni pour rendre impossible un emprunt à 100 % pour acheter un bien immobilier. Ni pour instaurer une différence entre ceux qui emprunteraient à 80 % et ceux qui le feraient à 100 %."