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Salon de l'Auto: des ours, des flashs et du rêve
Raphaël Meulders
Mis en ligne le 13/01/2012
Greenpeace a mené une action symbolique le premier jour du Salon. Les curieux étaient nombreux, les acheteurs beaucoup moins.
Les kiosques de hamburgers montrent le chemin. Le 90e Salon a ouvert ce jeudi ses portes au grand public et ces deux "aficionados", venus spécialement de Blankenberge, sur la Côte, n’auraient raté cela pour rien au monde. "Il a pris congé et n’a jamais manqué un salon depuis vingt ans", balance le plus jeune en direction de son compère. "Moi, je viens juste pour regarder." 10h45, on ne se bouscule pas devant l’entrée, mais les plus fidèles sont là. Ce quinquagénaire ottintois espère aussi en prendre "plein la vue". "Mais c’était mieux avant, explique-t-il en montrant une Buick des années 50. "Aujourd’hui, les voitures sont magnifiques, mais on ne peut plus vraiment rouler. A quoi cela sert de construire un véhicule qui roule à du 250 km/h avec le code de la route actuel ?"
On l’entend, les vrais passionnés ont pris la direction du plateau du Heysel, dans le nord de Bruxelles, ce jeudi. Un Salon de l’Auto qui aurait aussi pu s’appeller le temple de la photographie, tant les flashs crépitent de partout. Ils sortent tout à la fois de simples GSM que d’appareils professionnels. Ici, on pose fièrement sur une Harley, là au volant d’une grosse berline allemande. Chez Lancia, on photographie autant les bolides que les hôtesses (qui se prêtent sympatiquement au jeu).
Les vendeurs prennent encore leurs marques. Sur le stand de Seat, trois danseurs tentent de réveiller les badauds, en se déhanchant sur un vieux tube de Ricky Martin. L’ambiance monte d’un cran lorsque, juste à côté, une vingtaine "d’ours polaires" débarquent sur le stand de Volkswagen. tandis que quatre affiches géantes sont déployées depuis le plafond. "Volkswagen détruit l’Arctique", peut-on y lire. Greenpeace et ses militants déguisés en ours ont bien préparé leur coup. Et le mystère demeure : comment l’organisation a-t-elle réussi à faire rentrer tout cet attirail dans les palais d’exposition ? " Top secret. Cela fait un an que nous sommes derrière Volkswagen et nous ne les lâcherons pas, explique Arnaud Collignon de Greenpeace. L e groupe allemand est le plus grand constructeur automobile européen et bientôt mondial. Or, ils ont un double discours : ils disent mettre des voitures plus vertes sur le marché, mais en coulisses, ils font tout pour bloquer des législations environnementales plus strictes en Europe. Ils poussent la demande du pétrole à la hausse, si bien que des compagnies pétrolières envisagent désormais de forer en Arctique." Greenpeace dit poursuivre le groupe allemand "pour l’exemple", car, selon l’organisme, il possède les technologies pour développer des voitures vertes, mais pas la volonté. "La "Beetle" rejette plus que le modèle d’origine de 1938. Vous trouvez cela normal ?"
Sourires gênés auprès des vendeurs du groupe allemand, qui font comme si de rien n’était. Mais pas facile de vendre une Polo, entourés de deux "ours polaires", l’un, la tête dans le capot et les pouces baissés vers le bas, l’autre enfermé dans le véhicule. Finalement, Greenpeace s’en ira, après avoir dialogué avec des membres de la direction de Volkswagen.
Le constat est là. Malgré la fin des primes aux voitures vertes ("Le politique a supprimé ce qu’il ne fallait pas supprimer", dixit Greenpeace), les marques continuent d’afficher en grand leurs faibles taux d’émission. Chez Renault, on a trouvé la parade, en offrant un Ecobonus de 1 000 à 1 500 euros sur les voitures moins polluantes. Une mesure "temporaire", car le gouvernement belge n’a pas permis de faire cette transition en douce, explique un vendeur.
Du côté de BMW, on mise aussi sur les voitures moins énergivores pour contrer la perte attendue des véhicules gros gabarit de société, suite aux réformes politiques. Les techniques de vente ont changé. "Contrairement à d’autres marques, nous ne voulons pas créer de tensions entre nos vendeurs. Il ne faut pas instaurer un stress de la vente, mais avant tout informer le client et lui faire de bonnes offres", explique le manager Eddy Haesendonck. Car, plus que jamais, les contrats se signent chez les concessionnaires, parfois plusieurs semaines après le Salon. Durant ces dix jours consacrés à la Reine automobile, on regarde, on pose, on touche, on photographie, mais on achète peu.
Encore que dans le Palais 12, consacré aux voitures de luxe, certains osent à peine prendre des photos. Deux McLaren trônent comme des objets de dévotion, dans un silence religieux. L’accès est limité aux VIP dans la plupart des stands. "Nos voitures seraient prises d’assaut si on ouvrait le stand à tout le monde, justifie-t-on chez Ferrari. Nous voulons aussi préserver la tranquillité de nos clients". L’accès est aussi sélectif sur le stand de Rolls-Royce. "Des personnes portant des jeans cloutés pourraient abîmer nos voitures, explique le PR Paul Taboureau, qui se montre bon prince: "Nous laissons rentrer des personnes qui n’ont pas les moyens aussi. Du moment qu’ils sont polis Vous savez, la plupart des gens viennent ici pour rêver."
13h30, le parking se remplit. La deuxième vague de visiteurs débarque. La salon est prêt à prendre sa vitesse de croisière. En pilotage automatique.
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