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Fadila Laanan
« Etudie pour devenir quelqu’un »
René Sepul
Mis en ligne le 27/03/2008
Née en juillet 1967, à Schaerbeek, Fadila Laanan est la fille de Tlaïmas et Bouziane Laanan, couple originaire de Beni Sidel, village du Rif marocain, arrivé en Belgique après un passage par l’Algérie, la Corse et l’Allemagne. Seconde, Fadila passe son enfance à Molenbeek, puis à Auderghem et Anderlecht où elle vit depuis 1994. Son père travaille dans le bâtiment, sa mère éduque les sept enfants de la famille, tous nés en Belgique.
Illettrés, ses parents lui font très tôt comprendre combien les études peuvent être une chance d’émancipation et de réussite. Après être passée par l’Athénée Royal Andrée Thomas, à Forest, puis par l’Athénée François Rabelais d’Ixelles, elle fait le Droit à l’Université Libre de Bruxelle (ULB). Spécialiste en droit administratif, elle officie pendant onze ans comme juriste dans divers cabinets ministériels, travaille au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), puis dirige un département de la Société de développement pour la région de Bruxelles Capitale (SDRB).
Affiliée au Parti socialiste depuis 1993, elle est élue aux élections communales, à Anderlecht, en 2000, puis aux élections régionales bruxelloises de 2004.
Mariée et mère de deux enfants, à la tête du Ministère de la Culture et de l’Audiovisuel au sein du Gouvernement de la Communauté française depuis 2004, Fadila Laanan est la première femme ministre belge issue de l’immigration nord-africaine.
« J’ai grandi dans le respect des valeurs de la Belgique. Démocratie, liberté, égalité des chances, toutes ces valeurs habitaient notre quotidien, celui d’une famille modeste d’immigrés nord-africains habitant Molenbeek. Pour mon père, ce pays, c’était l’accueil, le pain et le travail. Pour ma mère, ce fut le symbole de la maternité. Tous ses enfants sont nés, puis ont été élevés ici.
Pour moi, ce pays, c’est devenu la liberté. Ce goût de l’indépendance m’a été donné par ma mère. Je l’entends encore me raconter comment, seule, elle avait découvert notre quartier en arrivant en Belgique. Elle débarquait du « bled », sans connaître personne. Chaque jour, elle explorait le quartier, s’en allait toujours un peu plus loin, avant de rentrer pour le retour de mon père. Elle ne regrettait pas sa vie, mais m’a fait comprendre jeune que je ne devais compter que sur moi pour m’en sortir. Elle me disait : « Tu dois t’arranger pour ne pas dépendre d’un idiot ! » Pour mes parents, illettrés, l’école était sacrée.
Maman m’a mis dans la tête que le chemin de l’indépendance passait par l’étude. Sans savoir ni lire, ni écrire, mon père comprenait tous nos bulletins. Il jugeait et réagissait aux résultats selon la présence de rouge dans la marge et la longueur des commentaires des instituteurs. J’ai pris mon éducation en main, puis j’ai suivi celle de mes frères et de mes sœurs.
Voir sa fille accéder à l’Université fut pour lui une joie immense. Une grande fierté. Il arrêtait les voisins, ses copains, les gens dans la rue pour le leur dire : « C’est ma fille, elle est à l’université.
Ce furent des années difficiles, mais extraordinaires. Au début, on me prenait pour une femme de ménage ou une fille d’ambassadeur. Il était, et il reste difficile d’imaginer une Maghrébine, issue d’un quartier difficile, rejoindre l’Université. Difficile, mais pas impossible ! Celle ou celui qui veut peut y arriver. L’argent était un problème. Je travaillais le soir pour payer mes études. Mais je n’avais pas le choix : l’école était ma seule chance. Mes sœurs étaient habitées par cette même ambition. L’enseignement est pour une fille la seule porte d’émancipation et de liberté. Les garçons ont peut-être d’autres chances. Et encore.
Que je devienne ministre fut une autre fierté pour mes parents. De nouveau, j’entends mon père, dans la rue, alors que je marchais à ses côtés : « Regardez, c’est ma fille, elle est ministre. » Tous les parents ressentent quelque chose de particulier devant la réussite de leurs enfants, mais pour lui, en songeant à ce chemin parcouru en trente ans dans ce pays qui l’avait accueilli, ce devait franchement être incroyable. C’était une fierté pleine de tendresse, de retenue et de respect… »
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