"La guerre du tous contre tous"

 

Myriam Benraad est doctorante à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, où elle achève une thèse consacrée aux problématiques identitaires dans l'Irak de l'après-Saddam, plus précisément autour d'un examen du phénomène arabe sunnite. Son dernier article, consacré à la guerre civile, est paru dans le dernier numéro de la revue Politique étrangère.

 

La mixité dans la société irakienne entre individus de confession chiite et individus de confession sunnite existe-t-elle encore aujourd'hui ? Les uns et les autres vivent-ils encore ensemble dans certaines zones ?

On pouvait parler de mixité à Bagdad. Mais la capitale irakienne a toujours fait figure d'exception à l'échelle du pays. En outre, si la mixité a certes existé, elle n'en était pas moins une réalité sociale délimitée. Aujourd'hui, on peut dire qu'elle est quasi inexistante. Les violences se traduisent en effet par un phénomène continuel de décomposition-recomposition territoriale, assez impressionant. Celui-ci est le fait des attaques sectaires et surtout de l'action des milices à l'encontre des populations civiles.

Bagdad est ainsi divisée entre une rive gauche à dominante chiite et une rive droite sunnite, à l'exception de quelques rares enclaves. Mais dans l'ensemble, les quartiers mixtes tendent à disparaitre sous le poids de l'insécurité.

 

Hors de Bagdad, comment chiites et sunnites se répartissent-ils sur le territoire de l'Irak?

Dans les grandes lignes, le sud est à majorité chiite et le nord à majorité sunnite. Cette répartition territoriale tend d'autant plus à s'essentialiser que s'accélèrent les mouvements de populations à l'intérieur des frontières.

 

L'appartenance à une communauté religieuse a donc pris le dessus sur l'appartenance nationale?

Cette polarisation entre chiites et sunnites tend à s'imposer. Le nettoyage des quartiers, les déplacements de civils, les attaques en tout genre vont aujourd'hui dans le sens d'une partition de la société. Malheureusement.

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