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"C'est l'effondrement de l'appareil d'Etat qui permet la guerre civile et non l'inverse" Peter Harling est analyste pour l'International Crisis Group basé à Bruxelles. À ce titre, il collabore à la rédaction de nombreux articles parus dans la presse internationale. Les plus récents ont été publiés dans El Mundo, Financial Times et Le Monde Diplomatique.
Les communautés chiite et sunnite sont-elles désormais géographiquement complètement séparées à Bagdad? Le processus de décantation sectaire de Bagdad est en grande partie achevé, à quelques exceptions près. Cependant, il faut éviter de caricaturer cette "géographie sectaire" de la ville. On est loin de se retrouver avec une rive sunnite et l'autre chiite. Il y a encore de larges enclaves chiites sur la "rive sunnite" et inversement.
Il y a des zones relativement calmes. Le plan de sécurité de Bagdad a porté quelques fruits, qui sont toutefois assez superficiels à mon avis. Mais la vie reprend dans certains quartiers. Des quartiers chiites ont continué, notamment le grand quartier chiite de Sadr City, à connaître une situation quasiment normal avec quelques attentats espacés. Mais les gens pouvaient sortir faire leurs course, travailler dans le quartier, etc. La coalition se montre incapable de mettre en oeuvre une politique homogène qui engloberait l'ensemble des quartiers de la ville. Vous avez une sorte d'attention fluctuante de la part de la coalition qui se concentre sur des points chauds. Un certain nombre de quartiers sunnites qui constituaient des fiefs de l'opposition armée voit toujours une présence, réduite mais visible, de cette opposition dont certains des membres continuent à circuler librement. La ville connaît donc aujourd'hui un calme relatif mais extrêmement précaire dans la mesure où les différentes cibles du plan de sécurité se sont fondues dans la nature, que ce soient les principaux groupes armés sunnites ou les milices chiites. Tous ont pris une décision de redéploiement dans les zones de vide créées par la concentration de l'attention et des ressources américaines dans la capitale. Les groupes armés cherchent à éviter la formation de front, des pertes coûteuses sachant que ce plan de sécurité a toutes les chances d'être une phénomène assez éphémère.
Les violences dans Bagdad sont-elles essentiellement de nature "religieuse"? La frontière entre criminalité, résistance et terrorisme est assez floue. Que ce soit du côté chiite ou du côté sunnite, on rackette des commerçants et la population en général, au nom de leur protection. |