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"C'est l'effondrement de l'appareil d'Etat qui permet la guerre civile et non l'inverse" Peter Harling est analyste pour l'International Crisis Group basé à Bruxelles. À ce titre, il collabore à la rédaction de nombreux articles parus dans la presse internationale. Les plus récents ont été publiés dans El Mundo, Financial Times et Le Monde Diplomatique.
La situation de Bagdad se retrouve-t-elle dans le reste du pays? Ca dépend des zones. On peut vivre tout à fait normalement dans certains gouvernorats, à Kout, par exemple, petite ville provinciale où les gens ont souvent dû mal à croire les histoires qu'ils entendent de la part de gens venant de Bagdad. Au Kurdistan, il y a aussi des zones d'un calme remarquable. La situation est extrêmement grave à Bagdad et dans les gouvernorats sunnites, surtout dans la province d'al-Anbar où la population vit dans des conditions effroyables, sans aucun service public, avec des attentats quotidiens, c'est certainement la partie du pays où la situation est la pire.
Quelle identité prédomine aujourd'hui chez un Irakien? Je crois qu'on se situe dans différents niveaux de discours. Beaucoup d'Irakien font part de leur attachement à l'unité de l'Irak, à une identité irakienne qui transcenderait les clivages entre sunnites et chiites. Et dans le même temps, ils sont animés d'énormément de préjugés à l'égard de l'autre et ont tendance à rechercher la protection des groupes armés de leur confession.
Il y a aussi l'identité tribale traditionnelle. Peut-elle être vue comme un contre-poids de nature à apaiser le conflit inter-confessionnel? Les tribus jouent un rôle secondaire. Sous l'ancien régime, le pouvoir des chefs de tribu leur était concédé par le pouvoir central qui leur fournissait un certain nombre de ressources, que ce soit du prestige, des armes, des emplois pour les membres de la tribu dans l'appareil de sécurité ou ailleurs. Ces tribus qui étaient soutenues par le régime, se sont retrouvées démunies et désorientées à la chute de celui-ci. Dans l'ensemble, il ne faut pas exagéré l'importance des tribus qui, dans la période d'après-guerre, tendent à rechercher des ressources auprès des acteurs politiques de premier plan dans les partis et les groupes armés. Elles jouent plutôt un rôle secondaire et vendent leur service au plus offrant.
Quelle cause mettriez-vous le plus en avant dans le déclenchement des violences entre Chiites et Sunnites? |