"L'enjeu? C'est carrément la destruction de l'Irak"
Firouzeh Nahavandi est professeur à l'Université Libre de Bruxelles,
directrice du Centre d'Etudes de la Coopération Internationale et du Développement de l'Institut de Sociologie de cette même université. Elle est l'auteur de multiples ouvrages sur l'Asie musulmane.
Le monde musulman se partage entre deux branches principales: le sunnisme (90%) et le chiisme (10%). Quand sont-elles apparues?
Le chiisme et le sunnisme apparaissent dès la naissance, à peu près, de l'islam au 7e siècle. Plus particulièrement à la mort du prophète. Mahomet serait mort sans avoir désigné un successeur. Donc, à sa mort, toute une série de groupes qui avaient une influence ont prétendu au pouvoir. Il y avait quatre groupes en particuliers. Un de ceux-ci estimait que la succession du prophète devait rester dans sa famille. Ce groupe là, que l'on appelait les Légitimistes, estimait donc que le premier successeur du prophète devait être son cousin et gendre Ali. C'est de ce groupe qu'est né le chiisme qui estime donc que ce sont les descendants en ligne direct qui doivent succéder au prophète. Plus tard, les Chiites vont se partager en plusieurs groupes, dont les Duodécimains qu'on trouve aujourd'hui en Iran.
Les Chiites estimaient donc que les successeurs du prophète devaient être de son sang. On a appelé ces successeurs imams. Est-ce qu'aujourd'hui encore, ceux que l'on appelle imam dans la communauté chiite sont des descendants directs de Mahomet?
Je vais vous parler du cas des Duodécimains qui sont les plus nombreux, surtout en Iran.
Le premier imam a été Ali. Il y a eu encore onze imams après lui. Le dernier est occulté. Qu'est-ce que cela veut dire?
Un peu comme à la mort du prophète, à chaque fois qu'un imam disparaissait, en général ils sont tous morts de façon violente, il y avait une dispute pour la succession. Ce qui fait qu'à l'arrivée du douzième d'entre-eux, celui que l'on appelle pour les chiites iraniens l'imam caché, une doctrine de l'occultation qui s'est mis en place. Le douzième imam n'est pas mort et les chiites iraniens attendent son arrivée.
Mais, comme dans la doctrine chiite le Ciel ne peut pas rester sans contact avec la Terre et que les imams font ce rapport entre le Ciel et la Terre (c'est toute la justice de Dieu qui est reflétée dans ce contact), ce sont les membres du clergé qui sont venus prendre la place des imams, en attendant l'arrivée du douzième. D'où le fait que vous trouvez dans le chiisme un clergé que vous n'avez pas chez les Sunnites. Les membres du clergé sont censés remplacer les imams dans certaines de leurs fonctions seulement. Parce qu'en fait les imams descendant du prophète sont considérés par les Chiites comme infaillibles alors que les membres du clergé ne sont pas infaillibles. Ce qui fait qu'aujourd'hui, on a des personnes savantes, qui connaissent le chiisme, mais qui ne sont pas nécessairement des descendants en ligne directe du prophète.
Et d'ailleurs on les différencie très bien dans leur vêtement: les descendants du prophète en Iran porte le turban noir (le signe du deuil) alors que les mollahs qui portent des turbans blancs sont ceux qui n'appartiennent pas à la famille du prophète.
Il y a des imams qui prétendent appartenir à la famille du prophète. Pour certains, on peut tracer la descendance. Pour d'autres, ce sont des prétentions abusives. Ceux que l'on appelle les Sayed en Iran sont considérés comme d'authentiques descendants du prophète.
L'imam désigne-t-il la même chose chez les Chiites et les Sunnites?
Pas dut tout. Un imam pour les Sunnites, c'est simplement celui qui dirige la prière.
Pour les Chiites, un imam est un guide guidé par Dieu. C'est une appelation que l'on ne donne qu'aux descendants directs du prophète. Par exemple, appeler l'ayatollah Khomeiny imam est une utilisation abusive.
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