"L'enjeu? C'est carrément la destruction de l'Irak"

 

Firouzeh Nahavandi est professeur à l'Université Libre de Bruxelles,
directrice du Centre d'Etudes de la Coopération Internationale et du Développement de l'Institut de Sociologie de cette même université. Elle est l'auteur de multiples ouvrages sur l'Asie musulmane.

 

 

Est-ce qu'il y a, comme dans la religion catholique, une sorte d'autorité suprême au sommet du clergé chiite, un pape chiite?

Les membres du clergé qui détiennent un pouvoir spirituel sont désignés, effectivement, un petit peu comme dans la hiérarchie catholique. Ils doivent passer par différents enseignements et donc il y a une hiérarchie selon le degré de connaissances. Celui qui , pour faire la comparaison avec la religion catholique, serait le pape, celui qui a la place la plus élevée est désigné par ses pairs. Dans le chiisme il y a ceux qui sont désignés comme les savants les plus élevés, ceux que l'on appelle ayatollah ozma ou "le plus grand des ayatollah". Il y a donc un clergé que l'on pourrait appeler international. À son sommet, il y a l'ayatollah suprême. On peut en avoir un seul ou plusieurs. Il peut être en Irak, en Iran, comme il peut être au Liban, selon les circonstances. Il n'est pas nécessaire que chaque pays ait son ayatollah suprême.
Le système iranien est un petit peu différent. Nous avons une superposition de systèmes. On a inventé là-bas une nouvelle catégorie qui est le guide. Et ça n'existe qu'en Iran. Alors que des grands ayatollah, il peut y en avoir ailleurs et même en Iran.

 

Les Chiites mêlent-ils toujours pouvoir politique et pouvoir religieux comme en Iran?

Il faut revenir aux premiers jours de l'islam, avec les premiers imams. Ceux-ci n'ont pas exercé la direction politique. Ils étaient presque toujours cachés. Il donnait plutôt une direction sprituelle.
Mais par ailleurs les Chiites ont aussi considéré que ceux qui avaient pris le pouvoir étaient des usurpateurs.
Cela a donné lieu à deux interprétations du chiisme. Il y a une interprétaion quiétiste qui est celle qui a prévalu depuis le début , qui veut que les chefs religieux restent des chefs religieux et l'islam ne se mêle pas de politique. Il s'agit plus d'une tendance philosophique et spirituelle.
Et puis il y en a quelques uns qui, de temps en temps, prétendent qu'il faut aussi le pouvoir politique. Nous sommes aujourd'hui dans cette prétention là, en Iran. Mais se dire que l'Iran ne respecte pas la chiisme parce que pouvoir religieux et politique ne font qu'un, c'est vrai et c'est faux, c'est une question d'interprétation.

 

On parle souvent de culte du martyr dans la communauté chiite. D'où cela vient-il?

La culture du martyr est liée en particulier aux destins tragiques de deux imams: Ali et Hussein, l'un des fils d'Ali. Ces deux imams ont été assassinés dans des conditions atroces. Les Chiites pleurent et commémorent ses morts tous les ans. Et parfois dans des situation sassez tragique, se flagellant, se poignardant, en tout cas parfois de manière très violente. Donc, effectivement s'est développé dans le chiisme un culte du martyre et de l'auto-punition.

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