Entretien avec Greg Page, le Néo-Zélandais de service Par Alain Lorfèvre Venu présenter son premier film, « The Locals », le
réalisateur néo-zélandais Greg Page a forcément
attiré l’attention : quand on se souvient que le réalisateur
de la trilogie du « Seigneur des Anneaux » y a débuté
sa carrière en faisant des films d’horreur à petit
budget, on se demande ce qu’a dans le ventre la nouvelle génération
de réalisateurs des Antipodes. Alors comment vous sentez-vous après l’épreuve publique ? Le public a commencé par crier et réagir durant la projection
de « The Je suppose que c’est votre premier séjour en Belgique. Oui. Je connais d’ailleurs très peu l’Europe. J’ai
présenté mon film au Festival de San Sebastian en Votre film arrive précédé d’une bonne réputation. D’où vient-elle ? Les réactions sont effectivement très positives, surtout en Europe. Beaucoup de distributeurs semblent intéressés, ce qui me réjouis. En venant, j’ai d’ailleurs fait une halte à Los Angeles où le distributeur Anchor Bay a acquis les droits pour les Etats-Unis, ce qui est génial pour moi. En Angleterre, les échos sont très positifs aussi. Au Mifa à Cannes, il a aussi très bien marché. Enfin, être présent dans un festival comme celui-ci est précisément très important, parce qu’on y trouve les fans de ce genre de film et qu’ils contribuent à faire la réputation d’un film s’ils l’apprécient. Vous êtes vous-même évidemment un fan de ce genre de film. Tout à fait ! Depuis que j’ai dix ans, je regarde des films d’horreurs ou fantastiques. Le premier film du genre que j’ai vu était « L’Exorciste ». J’étais terrorisé. Pour mon premier film, je voulais évidemment rester dans un genre qui m’est familier. Quels sont vos réalisateurs ou films préférés ? « La Nuit des morts-vivants », évidemment, et ses suites. Quand j’ai été invité ici et que j’ai vu que George Romero serait présent, j’ai fait : « Whouaaaa ! » Vous imaginez ma déception quand je suis arrivé et qu’on m’a dit qu’il avait annulé. Heureusement, j’ai rencontré Stuart Gordon – il était à la projection de mon film et m’a dit qu’il avait aimé, il m’a aussi fait quelques critiques constructives. Son « Re-Animator » est aussi un de mes films-cultes. « Evil Dead » de Sam Raimi est mon numéro trois. Et je dois bien sûr citer Monsieur Peter Jackson parmi mes réalisateurs favoris. Celui-ci a donné une visibilité importante au cinéma néo-zélandais. Est-il aujourd’hui plus facile de monter un projet de premier film dans votre pays ? Je crois que faire un film reste une entreprise difficile n’importe où. Mais c’est vrai que nous avons un peu plus d’opportunité en Nouvelle-Zélande. Nous avons une Commission du film qui aide très bien les réalisateurs avec des fonds assez importants. Et dans un pays de quatre millions d’habitants, il n’y a pas beaucoup de concurrence. Pour monter mon film, je n’étais sans doute en concurrence qu’avec une cinquantaine de personnes. Aux Etats-Unis, j’aurais des milliers de concurrents. La difficulté vient après, quand il s’agit d’exister au plan international. Quel est le mode de fonctionnement de votre Commission du film ? En général, il faut déjà avoir quelques courts métrages derrière soi. Le premier court métrage est généralement fait de façon autonome. En ce qui me concerne, j’avais fait un film d’étude en pâte à modeler qui a remporté un prix au Festival du film d’Auckland. J’ai pu ensuite refaire ce film de façon plus professionnelle avec une aide de la Commission du film. J’ai fait ensuite un deuxième film et j’ai commencé une carrière comme réalisateur de clips et de publicités. Mon producteur m’a ensuite proposé de présenter un script pour un long métrage. On en a parlé à la Commission et ils m’ont demandé de le retravailler, ce que j’ai fait. Au total, nous avons eu trois rencontres et j’ai développé le film pendant deux à trois ans au total. C’est assez surprenant de voir un tel film financé par une Commission d’Etat, non ? Oui. La Commission en Nouvelle-Zélande est habituellement assez
« traditionnelle » dans ses choix. Elle recherche plutôt
des films qui sont « culturellement » néo-zélandais,
où l’on adapte des auteurs nationaux, où l’on
parle de l’histoire du pays, des racines maori, etc. Pour «
The Locals », c’était plus délicat car l’histoire
pourrait avoir lieux n’importe où dans le monde. J’ai
dû en fait prendre l’argument inverse pour les convaincre
et leur dire La séquence générique du film montre ces
magnifiques paysages que le monde entier a découverts (rire) Waitaco a servi en partie de décor au « Seigneur
des Anneaux ». Le décor d’Hobbitville Détail intéressant : pour vos effets spéciaux
vous n’avez utilisé aucun C’est d’abord une question de budget. Je savais en commençant
à D’où vous est venue l’idée du film ? Je viens d’une ville qui s’appelle Hamilton où je jouais dans un groupe rock. Ayant déménagé à Auckland, j’ai voulu continuer à jouer dans le groupe. Je faisais donc chaque semaine le voyage vers Hamilton, parfois de nuit. Pour varier les plaisirs, il m’arrivait de prendre des petites routes de campagne à travers la province de Waitaco, où l’on a tourné le film. C’est une région où l’on raconte beaucoup de légendes sur des événements du passé, des guerres tribales entre Maori. On sait qu’il y a beaucoup de cimetières tribaux dans ce coin. Il y a aussi une rivière associée à une divinité matriarcale où des hommes venaient se noyer en sacrifice. C’est donc un lieu que l’on pourrait dire peuplé de légendes et de fantômes. Un jour, j’ai vu dans le brouillard trois adolescents sur le bord de la route. Ils ne faisaient pas de stop, ils étaient immobiles et se sont contentaient de me regarder quand je suis passé. Nos regards se sont croisé, comme ça, un peu au ralenti, comme dans un film. C’était très étrange. Et j’ai commencé à imaginer : et si ces gars n’étaient pas là ? Ou s’ils étaient liés à un bout de terre où le cercle naturel de la vie ne s’applique plus, parce qu’il s’y est passé trop de choses horribles dans le passé... Tout est parti quand ça. J’ai mûri le projet durant un an avant de commencer à écrire. Est-ce que le fait que tout se passe de nuit, avec finalement très peu de décors visibles, est aussi une question de budget ? Je voulais rendre cette sensation d’isolement qu’on est en voiture, de nuit. Vous ne voyez que ce qui est devant vos phares et de part et d’autre de vous, c’est la nuit d’encre. On a aussi voulu s’autoriser une petit gimmick au niveau de l’éclairage : faire comme si le public, dans la salle, était lui-même en voiture et éclairait, de son point de vue, chaque scène avec ses phares. Cela donne un peu un côté pièce de théâtre à l’ensemble. Votre prochain film sera toujours dans la même veine ? Je travaille dessus pour l’instant – je suis en train d’achever le script. Ce sera dix fois plus sanglant. Il y aura un meurtre toutes les dix minutes. Ce sera très différent de « The Locals » mais je crois que le public du festival de Bruxelles devrait adorer si j’en juge par ses réactions. Et quand vous reverra-t-on pour le présenter ? Donnez-moi deux ans pour y arriver. Mais je reviendrai ! C’est trop génial d’avoir un public aussi réactif aux films !
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