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Mode |
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Own ou une griffe, comme "notre collection". Derrière ce pronom possessif anglais qui claque
intime, il y a Thierry Rondenet et Hervé Yvrenogeau. Premiers
chapitres d'un parcours de
créateurs.
On aurait aimé les rencontrer à deux parce que Hervé Yvrenogeau sans Thierry Rondenet, cela ne fait pas Own. Mais les aléas du calendrier de la mode en ont décidé autrement : Thierry est à Paris pour présenter leur toute nouvelle collection Femme. Alors dans leur boutique de la place du marché aux fleurs, à Bruxelles, Hervé parle tout seul, en choeur, pour deux, passant du nous au je, si nécessaire. À peu de choses près, l'aventure n'est pas franchement périlleuse car ils cheminent ensemble depuis plus de dix ans. Cela remonte même à la fin des années 80, les deux jeunes Nantais ont envie de faire « autre chose »; l'un est instituteur (Thierry), l'autre étudiant en droit (Hervé). Ils se présentent à l'École Nationale Supérieure des Arts Visuels, autrement dit La Cambre, à Bruxelles, « parce qu'on a adoré la ville, les gens. Je ne sais pas très bien pourquoi, mais je me suis senti chez moi, tout de suite. C'est une histoire de feeling. »
Chapitre un
1989. Hervé et Thierry sont donc inscrits en sérigraphie, à La Cambre, ils ne pensent pas un instant à la mode, pas encore. En troisième année seulement, ils « tomberont » sur Francine Pairon, fondatrice de la section stylisme et création de mode[s]. « On suivait les défilés, assez impressionnés, se souvient Hervé, qui pour l'occasion redevient solo : « La mode m'a toujours intéressé mais comme spectateur. Je ne me suis jamais dit que je serais capable d'en faire. D'ailleurs, je ne m'étais même pas posé la question. » Mais à force, la mode finit par les « travailler » : en 1993, ils font leur stage en stylisme. « On est arrivé avec un dossier de collection, avec un concept basé sur la récupération. Francine Pairon était enthousiaste, elle nous a proposé de la faire défiler. » Premiers pas sur les podiums. Entre temps, ils ont rencontré Didier Vervaeren, étudiant en première année de stylisme, ils s'inventent un nom, Union pour le vêtement (« nous étions dans une revendication liée au vêtement »), avec slogans à la clef, « Y a plus de saison », « À quoi sert un vêtement ? », « La mode commence à la maison » et au final, « une vraie collection Homme et Femme, plutôt inspirée du vêtement de travail, en tout cas dans les matières ». Ils concoctent un dossier pour participer au Festival des Arts de la Mode, à Hyères en avril 1994. Ils sont sélectionnés et raflent haut la main quatre prix - le prix de la collection mixte, le prix de l'aide à la presse, un stand du Salon du prêt-à-porter à Paris et le prix Inno. « Sans ce Festival, nous n'aurions pas eu de visibilité. »
Chapitre deux
Évidemment, cela s'emballe pour eux. Ils vont pourtant « très naïvement » au Salon à Paris. « Juste pour montrer notre collection, parce qu'on avait ce stand. Et les Japonais ont commandé. On s'est dit que c'était bête de ne pas honorer les commandes, alors on s'est structuré, on a trouvé les matières, les fabricants, et puis voilà, cela a démarré là. » L'Union pour le vêtement vivra 4 ans, jusqu'en 98. Séparation et flottement entre deux eaux pour les diplômés en sérigraphie - Thierry redevient instituteur et Hervé graphiste, « cela me convenait bien de faire autre chose ». Mais la mode les rattrape très vite. Une demande japonaise et c'est reparti : une petite collection de T-shirt voit le jour. « C'est une pièce de vêtement que j'aime bien, dit-il, parce que le cadre est super restreint pour pouvoir s'exprimer. » Ils se trouvent une griffe, Own, « on ne voulait pas de nos noms, pas forcément glamour et l'on aimait bien l'idée du collectif. Et puis cela permet de travailler avec d'autres gens, de faire autre chose, de ne pas être liés personnellement à du vêtement à travers son nom. »
Chapitre trois
Janvier 1999. Own présente sa première collection, appelée Winner takes all. C'est de l'Homme, « par affinité, précise Hervé Yvrenogeau. Et pour nous aménager une espèce de confort, ne pas devoir courir sur des salons Homme et Femme, avec des fabricants Homme et Femme, deux structures, deux calendriers différents. On s'est dit que cela nous laisserait du temps pour faire autre chose. » Suivent alors dans la foulée, des créations estampillées Own, une table de salon Plan incliné, une lampe Shining, une exposition avec l'écrivain français Guillaume Le Touze, des costumes pour la danse, pour Thomas Hauert et sa compagnie Zoo pour
Koen Augustijnen et ses Ballets C de la B. « Avec la danse, on n'est pas dans la narration, comme au cinéma, où l'on habille des personnages. C'est très différent, on exprime quelque chose d'abstrait et l'on est confronté à des contraintes : les danseurs doivent pouvoir bouger, mais, en même temps, leurs vêtements ne peuvent pas être uniquement des collants en lycra ! Ils doivent aussi exprimer quelque chose. »
Chapitre quatre
La vie suit son cours, de collection en collection. Et puis en novembre 2004, ils ouvrent leur flag ship store. L'envie les taraudait depuis ce galop d'essai avec leur Test shop, rue Dansaert, où pendant 3 mois, en 2003, ils avaient créché dans la galerie vide de Jan Mot. Certes, le 5 de la Place du marché aux fleurs n'est pas tout à fait « stratégique », mais au moins on y vient pour eux. D'autant que l'architecte Pierre Lhoas a réussi le pari d'y intégrer toutes leurs envies cumulées : une porte secrète qui serait à la fois étagère, une estrade, du bois, du goudron, des plantes vertes, des tringles dorées, des moteurs qui font tourner les cintres. Un endroit ownien en somme, qui leur permet également d'organiser des expos. Pour la première, justement, et jusqu'au 30 avril, il y est question de design, avec No-mad [re]public, « des Belges qui ont mis au point un principe qu'ils ont appelé bond-age : ils emballent des meubles à l'aide d'un bandage géant. »
Chapitre cinq
En mode, on a toujours une longueur d'avance. Alors, pour l'heure, la grosse actualité est millésimée automne-hiver 05 : une collection Homme pour Cacharel et une collection Femme pour Own. Pour la première, Hervé se souvient que « le premier réflexe a été de renommer Cacharel l'Homme en Cacharel « Le », comme le mettre au féminin, en un jeu de mots. Et ensuite nous avons puisé dans l'imaginaire de Cacharel, Sarah Moon, les fleurs, le liberty. Mais il ne fallait surtout pas que l'homme soit une déclinaison de la femme. C'est la volonté du duo de stylistes Clements-Ribeiro, leur travail pour Cacharel est d'ailleurs assez difficilement déclinable en Homme. Nous nous sommes donc attachés à redéfinir la garde-robe d'un homme, en revoyant les volumes, les proportions, et surtout, en travaillant sur les motifs. Nous en avons développé plusieurs, exclusifs et déclinés dans la collection. » Pour la seconde, Hervé évoque les débuts de cette envie de Femme.
« C'est venu assez naturellement. Nous avons pioché dans des vêtements types de la garde-robe de l'Homme que l'on a mixés à des pièces Femme : des dos de marcel avec des écharpes, pour en faire des tops. C'est une histoire d'hybridation. Tous les volumes sont retravaillés, avec des détails d'incrustation. La collection est assez noire parce qu'elle a été inspirée, sur le fond et sur la forme, par le mouvement américain des Black Panthers. Ils revendiquaient leur apparence, leurs traits black, ils avaient un petit répertoire de vêtements, ils soignaient vraiment leur look. Ce n'est pas du tout de la reconstitution historique, mais on aimait vraiment l'ambiance et tout ce que ce mouvement politique a généré, cet engagement. »
Épilogue, momentané
On comprendra aisément que tout cela, ça fait un peu beaucoup pour deux. Acquiescement d'Hervé. « Les impératifs dans la création sont difficiles à gérer. Nous sommes une petite structure et c'est le prix à payer pour notre indépendance. On gère toute la production, toutes ces choses qui demandent beaucoup d'énergie et de temps au détriment de la création. » Alors ils ont engagé Jérémy Dhennin et Laurent Edmond, jeunes créateurs fraîchement sortis de la Cambre et par là même ex-élèves. Car, en sus, Hervé Yvrenogeau et Thierry Rondenet enseignent en stylisme et création de mode[s] à La Cambre. Il n'y a pas de hasard, juste des fils rouges. « Il est intéressant d'être connecté avec des très jeunes, de suivre les parcours. Ce que je m'attache à faire, et c'est le principe de l'école, c'est que chaque étudiant trouve son style - peu importe qu'il soit génial ou pas, mais qu'il puisse s'exprimer au mieux. Chacun a sa place dans la mode, le principal est de trouver ses repères, comment s'exprimer à travers le vêtement, et pas seulement en étant un créateur. » De spectateurs de la mode, ils sont devenus acteurs à part entière. Une histoire de croisement fécond. Own, 5, place du Marché aux Fleurs, 1000 Bruxelles. Tél. 02 217 95 71.
INTERVIEW ANNE-FRANÇOISE MOYSON
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