LA POÉSIE DU BOIS
Le bois,
Henri Chaumont l’a dans la peau. Ses architectures
mouvementées, complexes jusque dans le travail des
couleurs et de la densité du matériau font de lui une figure
intrigante de l’architecture belge contemporaine. Portrait
d’une belle personnalité, entière, engagée et idéaliste.
Comment naît la passion ? Comment choisit-on son métier ? Toutes
ces questions, Chaumont ne se les est jamais posées. Fils et
petit-fils de menuisiers, il a toujours côtoyé le bois et l’univers de
la construction. Originaire de la région liégeoise, il passe une
grande partie de son enfance dans un lotissement de logements
sociaux. Son père, menuisier et entrepreneur, l’emmène sur la plupart de ses
chantiers où le jeune Henri prête parfois main forte, se familiarisant tout
naturellement avec l’univers de la construction. « Je n’ai jamais songé à faire
autre chose, tout simplement », déclare-t-il avec l’irrésistible accent de sa
région. À l’Institut Lambert Lombard, où il s’inscrit en 1977, il est fortement
marqué par l’enseignement de Jacques Gillet, cet architecte-sculpteur dont
la « maison-sculpture », à Liège, a fait école. C’est lui qui ouvre à son élève
les portes de l’architecture organique. Ensuite, ce seront la curiosité personnelle,
les voyages et les rencontres de Chaumont qui le conforteront
dans sa recherche d’une architecture légère, poétique et forte. Les points
d’ancrage de sa pensée sont multiples et sincères, reposant tant sur le travail
de personnalités telles que Frank Lloyd Wright, Renzo Piano, Gaudi,
Garcet et le facteur Cheval, que sur des concepts nourrissants comme le
Goetheanum de Rudolf Steiner ou sur des mouvements comme l’art
nouveau dont son travail est profondément imprégné. On le verra aussi se
passionner pour les « charpentiers américains » qui, dans les années 60, ont
construit d’hallucinantes cabanes en bois au cours de leur exode vers la
Californie. Et notre homme n’a pas fini de s’émerveiller devant les découvertes
que la vie offre à ceux qui daignent ouvrir les yeux.
Correspondances

Aujourd’hui très sollicité par de nombreux clients, il enseigne également
dans son ancienne école. Son cours d’architecture organique est
consacré, entre autre, aux rapports entre musique et architecture. « L’objectif
principal est d’ouvrir l’architecture aux autres disciplines artistiques,
d’établir des rapprochements, de comparer des modes de composition
et par là insister sur le caractère essentiellement expressif de l’architecture.
L’architecture et la musique ne partagent-elles pas un même vocabulaire
? On parle de rythme, d’harmonie, d’ornements. » Revenant sur
son approche personnelle, l’architecte poursuit : « On peut dire que mon
travail se rapproche de l’architecture organique. Quoique le terme est restrictif.
En fait, ce qui m’importe, c’est de m’inscrire dans un processus de
recherche et d’expérimentation. Je refuse les idées convenues, les automatismes,
et je fuis les tendances qui laminent l’architecture de notre époque. Pour chaque projet, j’essaie de privilégier l’inattendu et un travail
approfondi sur la forme. » Cette audace créative et cette expérimentation
constante se nourrissent de la fascination de Chaumont pour la vie,
pour l’infinie diversité des manifestations de la vie sur terre. « Je suis toujours
resté fidèle à cette ligne de conduite et à cette démarche expérimentale.
J’essaie de faire quelque chose d’enchanteur. Et à force de persévérance, ça finit par payer. Aujourd’hui les gens viennent me trouver
parce qu’ils veulent vivre dans un espace poétique, très personnalisé en étroite relation avec l’environnement dans lequel ils ont choisi de vivre.
Certains recherchent aussi une certaine radicalité. »
Lignée ligneuse
Pour exister et rester crédible, cette approche poétique de la construction
est évidemment doublée d’une ingénierie précise et sûre. Subjugué par
les constructeurs de tous les temps, Chaumont ne recule devant aucune audace,
se fiant avant tout à sa connaissance du bois, son matériau de prédilection. « Grâce à mon père, avec qui je travaille encore aujourd’hui, je
connais le bois depuis que je suis gosse. Nous l’avons toujours travaillé dans
un souci de légèreté et en essayant de repousser toujours plus loin ses
limites. C’est un matériau qui offre des possibilités infinies : il est malléable,
s’assemble facilement, permet de grandes portées. Le bois possède aussi
une grande force expressive », explique ce passionné. Et il ajoute : « Et puis
il y a aussi ce rapport de proximité tout à fait unique avec le matériau. On
peut toucher toutes les étapes de la filière du bois, depuis le choix de l’arbre
dans la forêt jusqu’à son placement, en passant par la coupe et le
séchage. » Cette histoire d’amour entre l’homme et l’arbre, entre l’architecte
et ses édifices, il la partage avec toute sa famille. Toujours épaulé par son
père à qui il voue une admiration profonde, plein de respect pour sa mère qui
prêtait main forte sur les chantiers, n’hésitant pas à grimper sur les toits pour
mettre la main à la pâte, l’architecte agit main dans la main avec Françoise
Lesage, son épouse, artiste-céramiste qui collabore étroitement à tous ses
projets. À commencer par leur propre maison. On ne s’étonne donc pas de
voir les deux enfants, Bruno et Eglantine, emprunter eux aussi la voie artistique.
Autant dire que la passion, chez Chaumont, est une affaire de famille.
Henri Chaumont, place du Monument, 4, 6997 Mormont, tél. 086 49 96 26.