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Entretien
Kery James, le sage, hausse le ton
PASCAL DE GENDT
Mis en ligne le 02/07/2008
Drôle de coïncidence. Vendredi dernier, Couleur Café s'ouvrait sur les sons hip-hop de deux artistes français qui sont dans le circuit depuis le début des années'90. Sur le séminal "Qui sème le vent récolte le tempo" de MC Solaar intervenait un certain Kery B. (12 ans) alais Kery James.
Depuis l'artiste, né en Guadeloupe de parents haïtiens, a vécu le succès avec le groupe Ideal J dans les années'90, et une conversion à l'Islam qui a précédé son retour en solo. En 2001, "Si c'était à refaire" posait les bases de son discours empreint de la philosophie de l'action positive défendue par les premiers rappeurs. Kery James fait figure de grand frère sage, celui qui te dit que si tu as des raisons d'être en colère, la seule manière de changer les choses n'est pas la violence mais l'éducation.
Quelle surprise donc de le voir sortir les muscles sur plusieurs titres du récent album "A l'ombre du show-business". Sans doute avait-il besoin de se réaffirmer face à une jeune génération aux dents longues qui ne s'embarrasse pas de grands principes. Pari gagné puisqu'en France, le single "Banlieusards" cartonne et que l'album est déjà certifié disque d'or. C'est donc l'esprit léger que Ali Mathurin peut s'embarquer dans une tournée durant laquelle, au vu de ce qu'il a montré à Couleur Café, il démontrera qu'on peut très bien être une bête de scène sans pour autant jouer au gros dur.
Le morceau d'ouverture plus quelques autres laisse deviner un besoin de procéder à une mise au point..
C'est un album que j'ai fait dans une position de challenger. Le précédent "Ma vérité" avait moins bien marché donc j'avais le sentiment que beaucoup de gens pensaient que j'étais terminé artistiquement. J'avais évidemment le désir de démontrer le contraire et que j'étais toujours dans la course en ce qui concerne les performances de MC. Mais je reste dans la même ligne directrice, je ne fais toujours pas l'apologie des drogues et de la délinquance.
En composant des morceaux plus musclés, est-ce que tu n'es pas tombé dans les pièges que tu dénonces, comme le fait de privilégier la forme au fond ?
Non, pas du tout. Je n'ai jamais pensé qu'avoir un son plus lourd empêchait de faire passer un message. C'est ce que faisait déjà Public Enemy, par exemple. Par ailleurs, mon premier single, c'est "Banlieusards" qui n'est pas vraiment au format radiophonique.
Sur "Banlieusards", justement, les deux faces de Kery James cohabitent harmonieusement. Cela explique son choix comme single ?
Non, le choix s'inscrit dans ma démarche : profiter de l'impact du rap sur les jeunes, assumer cette responsabilité en tentant de faire évoluer les mentalités dans un sens que j'estime être positif. Dans ce morceau, par exemple, je dis que même si la vie en banlieue peut paraître difficile, ce n'est pas une raison pour abandonner le combat.
Toi-même tu t'es engagé sur le terrain en créant une association. Peux-tu nous en dire plus ?
L'assoc' s'appelle l'ACES comme "Apprendre, Comprendre, Entreprendre et Servir". Elle fournit un soutien scolaire pour les plus jeunes et va aussi faire du financement d'études supérieures. On vient de commencer à Créteil, dans le Val-de-Marne.
Revenons à l'album, sur "A l'ombre du show-business", tu dis que les rappeurs sont des poètes et tu as la caution de Charles Aznavour...
Aznavour est, à mes yeux, l'un des plus grands auteurs français encore vivants. C'était important d'avoir quelqu'un qui ne vienne pas du milieu hip-hop pour appuyer mon discours. Il est très ouvert d'esprit et il considère que le rap fait partie du patrimoine de la chanson française. Il est un des seuls à accepter cette réalité.
Album "A l'ombre du show-business" (Warner). En concert le 18 octobre au Botanique.
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