La Libre.be > Actu > Belgique > Article
élections
«Le Roi devra jouer au psychanalyste»
PAUL PIRET
Mis en ligne le 21/05/2003
ENTRETIEN
Le CDH de 2003 n'a pas fait mieux que le PSC de 1999. Il est même en perte (plus lourde en sièges qu'en voix, il est vrai). Or, la défaite avait été lourde, voilà quatre ans. La présidente du parti humaniste, Joëlle Milquet, paraît pourtant requinquée...
On n'est pas vite content, au CDH?
Notre différence sur l'ensemble de la Chambre, entre 1999 et 2003, ce sont 5000 voix. Un fifrelin. Mais dimanche soir, je n'ai pas été triomphaliste comme Louis Michel l'avait été en 1999, en faisant passer le statu-quo du PRL pour une grande victoire. Sans bluff, je dis que l'on n'est pas dans une continuité par rapport à 1999. On construit réellement un nouveau parti et notre électorat est en totale mutation. Il y a eu des départs, notamment vers le MR; mais il y a eu des arrivées, notamment de très jeunes. J'évalue le renouvellement à plus ou moins 40 pc. Nos jeunes sur les listes font les meilleurs scores: au Sénat, il n'y a même pas 4000 voix de différence entre un Benoît Lutgen et un Richard Fournaux.
Lequel Fournaux insiste davantage sur le nouveau tassement du parti. Cela vous agace? Devient-il un problème?
Je crois qu'il est surtout déçu par ses scores à lui.
Et que dites-vous à ceux qui estiment que le CDH devient trop le parti de la seule Joëlle Milquet?
Vous savez ce qu'elle veut, Joëlle Milquet? Que l'on aille encore plus sur le terrain, à la rencontre des gens! Et nos têtes de listes aux régionales, ce sera «place aux jeunes, place aux jeunes, place aux jeunes».
Faut-il croire, quand même, que vous redoutiez une catastrophe...
Bien sûr. Nous aurions très bien pu nous retrouver dans le cas d'Ecolo. Ceux qui disent que l'on est vite content doivent mesurer d'où on vient et ce qu'on vient de faire. On a changé de nom en prenant des risques énormes; on n'a eu qu'un an pour assurer la notoriété du nouveau sigle (l'ajout explicatif de «ex-PSC» sur les bulletins de vote, que M. Duquesne nous a refusé pour des raisons très politiques, nous aurait apporté quelques pc de plus); et un septième seulement du score de la dissidence ridicule du CDF nous aurait permis de garder notre 3e siège au Sénat et d'avoir un 3e député à Liège.
N'empêche, vous ne profitez pas de l'effondrement d'Ecolo.
En chiffres absolus, c'est vrai. Mais j'ai plein de témoignages de gens qui votaient Ecolo et qui sont passés chez nous. Même si, majoritairement, le vote Ecolo est allé au PS, qui a intelligemment joué l'image et la modernité à l'égard de l'électorat gauche-caviar des milieux urbains.
Très vite dimanche, vous disiez qu'il était normal que le PS et le MR gagnent. Pourquoi, «normal»?
Leur accord préélectoral revenait à tout organiser pour que chacun gagne dans son camp. Ainsi, un ministre (le MR Didier Reynders aux Finances, NDLR) a pu, de manière honteuse et illégale, envoyer des courriers aux PME et indépendants pour vendre la réforme fiscale dans les 15 jours des élections, puis aux fonctionnaires 3 jours avant le scrutin sur leur pécule de vacances. Parler aux gens d'argent tout le temps, c'est flatter l'aspect très égocentrique et matérialiste de la nature citoyenne. Franchement, si après ça le MR ne progressait pas, quoique n'ayant pas fait grand-chose en termes de ligne et de programme, contrairement tout de même au PS... Même le vaudeville sur les vols de nuit n'a touché qu'Ecolo, alors qu'il aurait dû tous les pénaliser.
Reste que les deux grands ont grandi. Y a-t-il encore une voie possible entre le PS et le MR?
Si nous ne voulons pas demain avoir un monde francophone divisé entre deux masses informes de gauche et de droite, il faut donner sa chance et sa place à une alternative. Les gens ont-ils envie d'être dominés, pendant 25 ans, par deux formations qui occupent l'État à coups de donnant-donnant qui sont les moins propices à une vision cohérente et collective de la politique? La politique belge est plus subtile et les attentes citoyennes nouvelles ne s'enferment pas uniquement dans ce clivage.
Toujours pas question de rallier l'un ou l'autre de ces deux pôles?
Non, il n'y a pas de raison de changer de discours. Malgré les expressions de l'un ou l'autre entendues depuis 6-7 ans. Et malgré les incertitudes pour l'avenir. Mais je suis persuadée qu'on peut gagner aux régionales.
«L'alternative», elle doit avoir les moyens. Or, vous vous retrouvez avec 8 députés, un Georges Dallemagne doit quitter le Sénat...
Vous savez, trois personnes ont fait le PSC de 1980 à 1995. Je préfère un jeune député brillantissime, Melchior Wathelet, à deux autres qui ne travaillent pas nécessairement... Et Georges pourra redevenir parlementaire dès les européennes/régionales; c'est l'affaire de quelques mois.
Dans l'immédiat, pensez-vous que le CDH et/ou le CD&V peu(ven)t encore entrer dans la pièce?
Les scénarios ne sont pas fermés, mais nous n'en avons pas la clé. Fait-on un gouvernement de transition, une bipartite, dans l'attente de son renforcement aux niveaux régionaux? C'est l'option facile. Ou une tripartite, qui assoirait la stabilité du gouvernement flamand et donnerait des possibilités de majorité fédérale aux deux tiers? Ce ne doit pas être le plus à l'ordre du jour...
Elio Di Rupo informateur?
C'est un choix mérité. Et logique, puisque la famille socialiste est la plus grande et a connu l'augmentation la plus importante. Je suppose qu'il présage un formateur néerlandophone et d'une autre famille, Guy Verhofstadt... Mais il y a beaucoup d'ego pour le moment. Le Roi devra jouer au psychanalyste!
© La Libre Belgique 2003
Bruxelles : 3 jeunes délinquants arrêtés puis relâchés
Huytebroeck : 'L'alerte Smog a des effets directs'
'Qu'il soit le dépeceur ne me surprendrait pas'
Coulées de boue en Californie
Tempête historique aux...
The Book of Eli - Behind the Scenes
Tournoi des VI Nations: la...