La Libre.be > Actu > Belgique > Article
Savoir Plus
© La Libre Belgique 2004
Procès Dutroux
Dutroux choque, déjà...
ROLAND PLANCHAR
Mis en ligne le 01/03/2004
AUDIENCE
Test micro. Test». Les premières paroles qui retentissent dans la salle de la cour d'assises d'Arlon, lundi à 8h53, n'ont rien d'historique. Un technicien vérifie tout bonnement la captation du son, qui doit permettre aux accusés de suivre les débats derrière leurs vitres blindées et aux interprètes d'en faire autant. L'audience doit s'ouvrir à 9 heures mais ne le fait pas. Paul Marchal arrive, premier parmi les parties civiles. Cinq minutes passent et Michel Nihoul, qui comparaît libre, rejoint le «box» qu'il va partager pendant plusieurs semaines avec ses coaccusés, Marc Dutroux, Michelle Martin et Michel Lelièvre.
Retard expliqué
A 9 h 16, les diffuseurs émettent quelques mesures d'une valse de Strauss. Les avocats arrivent. La demie sonne et on attend toujours. Nihoul reste seul derrière les vitres blindées. Un coup de cloche fait entrer le président Stéphane Goux, ses assesseurs et leurs suppléants. Dutroux, Martin et Lelièvre émergent à leur tour dans le box vitré. M. Goux vérifie que le son passe. «Oui, je vous entends», répond Dutroux d'un ton las. Dans la foulée, il décline son identité. Profession ? «Actuellement, je n'en ai pas». Le micro passe de main en main: Martin, Lelièvre puis Nihoul n'ont pas davantage de profession, «actuellement».
Le président explique ensuite la nature du retard, né des mesures de sécurité appliquées aussi aux 180 candidats jurés. Chaque clef dans chaque poche a forcé un arrêt de la file...
Tout premier incident - mais mineur: Me Xavier Magnée, l'un des défenseurs de Marc Dutroux, interroge M. Goux: où est le public? Il n'y en a pas à ce stade, car la salle est trop exiguë pour l'accueillir en même temps que les candidats jurés, concède posément le président au ténor. Lequel, pourtant, n'avait sûrement pas manqué de l'apprendre, l'annonce ayant été largement répandue. «La priorité va donc aux jurés», conclut M. Goux, «d'autant que la presse est présente et représente le public».
Il est vrai que dans deux salles séparées (lire par ailleurs), les journalistes entendent et voient tout de ce qui se déroule dans la salle d'audience.
La liste des présences et la scission des candidats jurés en deux groupes (les effectifs et ceux de complément, car la salle ne peut décidément les accueillir tous en même temps) précèdent l'interminable défilé des excuses. Plus ou moins valables on le sent bien, ce sont celles de ceux qui ne veulent pas donner leur temps aux assises, ne veulent pas juger Dutroux ou, tout simplement, ne le peuvent vraiment pas.
Le président Goux, presque bonhomme, entend attentivement chaque explication. Un ne sait pas écrire, or c'est requis. Un autre a participé à l'enquête et ne peut donc siéger. Un autre encore est juge consulaire. Récusé d'office.
«Qui a signé une pétition en faveur des victimes?», questionne ensuite M. Goux. Des mains se lèvent, hésitantes puis plus affirmées. Sophie, Gérard, Anne, Noëlle, Claudine, Cécile et plusieurs autres. Et qui veut faire valoir des motifs personnels ou familiaux pour ne pas être juré? Des doigts se lèvent en masse. Stop ! Pour abréger, M. Goux inverse: «Je demande à ceux qui sont prêts à siéger de lever le doigt». Ceux-là sont séparés. On va entendre dire les autres pourquoi ils n'en veulent pas. Madame est émotive et «ne supportera pas». D'ailleurs, sa maman «est prise du coeur». Monsieur construit sa maison et veut «finir avant août». Des employeurs, nombreux, ont produit des lettres, demandant à la cour de ne pas les priver de leur personnel. Il y a ce vétérinaire, qui aborde la période de mise bas. Et ce frontalier, qui sera certes payé mais quand? «Avec les lenteurs de l'Etat belge»... Suit une veuve, mère de trois enfants. Et cette jeune dame, elle-même victime d'une agression sexuelle à l'âge de 15 ans. Et ce boulanger, seul au four. C'est l'humanité tout entière qui défile en fait, avec ses malheurs petits ou grands, ses difficultés quotidiennes et, sans doute aussi, ses petites lâchetés.
Jeu tactique?
A 10h48, Stéphane Goux se fait revêche: «Monsieur le bâtonnier», lance-t-il à Me Magnée, «je crois que votre client sommeille». Le client, c'est Dutroux. Il ne cessera plus, la journée durant, d'enfouir la tête dans les bras, posé sur sa tablette. Il ne ronfle pas. Mais, comme indifférent jusqu'au bout au sort des autres, il n'est pas vraiment là. Comme si le procès n'était pas le sien. A moins que? On sait que le manipulateur veut que cesse la surveillance nocturne que lui appliquent les gardiens, toutes les 7 minutes. Et peut-être avance-t-il un pion, affalé dans son box, feignant la fatigue qu'il pourrait jeter en obstacle au bon déroulement du procès? C'est que s'il ne dort pas comme il l'entend... Le penser n'est pas gratuit: il a déjà tenté ce coup-là lors d'interrogatoires.
Après l'incident, la litanie des dispenses reprend, mais cette fois pour les candidats jurés de complément. Hasard: deux d'entre eux sont frère et soeur, deux autres sont oncle et neveu. Ils ne peuvent siéger ensemble. Hasard, encore: le technicien qui dirige la ventilation des bâtiments publics de la région est du nombre. Or le palais de justice et même la salle d'assises dépendent de lui. On ne le verra plus... Hasard, toujours : le rédacteur en chef de l'Avenir du Luxembourg, qui avait révélé l'existence du «souper spaghetti» à l'origine du dessaisissement du juge Connerotte, compte aussi au nombre des candidats. Le monde est petit.
Pétition et alors ?
Mais à nouveau, les signataires de pétition se manifestent, nombreux. A nouveau, aussi, l'avocat général Jean-Baptiste Andries les déçoit en disant que ce n'est, à ses yeux «pas un motif de dispense». Pas davantage que l'explication de cette dame qui assure que, c'est sûr, elle «ne pourra pas se taire pendant trois mois». Elle le fait à midi, pour une première suspension d'audience. Michel Nihoul reste à cette occasion seul dans le box. Il le fera encore un peu plus tard, pour une seconde suspension, d'ordre technique comme la première.
A 13h52, les jeux sont faits: la cour a accepté 99 demandes de dispense, 19 absences excusées et quelques autres motifs valides. Le cadre de complément est donc sollicité pour parfaire le cadre effectif, à hauteur de 48 candidats jurés. Le tirage au sort, décimé par les récusations, désigne finalement les 12 jurés effectifs, en l'occurrence 6 femmes et 6 hommes, ainsi que les 12 suppléants. Le nom de l'un de ces derniers fait lever l'oreille : Michel Martin. Etonnant hasard. Prestations de serment et lecture de l'acte de renvoi suivent. Fin de l'audience. Ce mardi, l'audience s'ouvre par d'autres lectures, celle de l'acte d'accusation et de deux actes de défense, de Mes Attout (pour Nihoul) et Magnée (pour Dutroux).
© La Libre Belgique 2004
'Qu'il soit le dépeceur ne me surprendrait pas'
Bruxelles : 3 jeunes délinquants arrêtés puis relâchés
Huytebroeck : 'L'alerte Smog a des effets directs'
Jean-Paul Knott Event
Deschamps copie-t-il Gerets ?...
Coulées de boue en Californie
Tempête historique aux...