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ÉDITO
Tobin or not Tobin?
PAR PIERRE LOPPE
Mis en ligne le 18/06/2004
Formule magique selon les uns, gadget fallacieux d'après les autres, la «taxe Tobin» sur les opérations de change divise et continue de diviser. C'est qu'elle touche un point très sensible -la spéculation- et que le remède généreux qu'elle suggère est très controversé.
Inspirée par les idées du professeur américain, James Tobin, qui entendait «glisser des grains de sable dans la spéculation», la «taxe» du même nom, maintes fois rediscutée et remaniée, vise à faire payer la note aux malandrins qui courent le monde de la finance et infiltrent les salles de marché pour tirer des profits juteux de leur négoce inavouable. L'idée consiste à prélever un impôt modulable sur ces mouvements de capitaux, attisés par Internet et une volatilité financière sans précédent, et à le ristourner aux plus démunis de la planète.
La proposition est forte et séduisante mais elle est inapplicable en tant que telle, affirment une majorité d'experts selon qui les activités spéculatives, tout simplement, se déplaceraient (vers le marché des dérivés notamment), obérant le marché des changes traditionnel et les échanges internationaux qui seraient taxés à des taux prohibitifs. De plus, faut-il le rappeler, la taxe n'entrera en vigueur que le jour où tous les pays de l'eurozone auront voté le texte. Le fait que la Belgique l'ait adopté en Commission de Finances et en débatte la semaine prochaine en séance plénière est un signal positif pour ses partisans mais ne permet donc pas de préjuger de l'avenir.
En dépit de ces réserves, on peut constater que l'idée altermondialiste fait son chemin et que le monde politique qui ne voulait pas en entendre parler il y a peu, aborde aujourd'hui le débat avec un semblant de sérénité. Il s'est même trouvé un Jacques Chirac pour plaider, lors du dernier G 8, en faveur de «formes de taxation internationale pour contrer la bombe à retardement de la pauvreté». Quel que soit son nom et pourvu qu'il soit cohérent, un tel rééquilibrage s'impose. Sans faux-fuyants faciles ni arrières-pensées déstabilisatrices.
© La Libre Belgique 2004
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