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Le Sister Act
Mélange des genres
L.R.
Mis en ligne le 10/12/2004
Autant la journée elle est le théâtre d'un frétillant ballet de toges noires, d'instruments de musique -Conservatoire oblige- et de touristes en goguette, autant à la nuit tombée la rue de la Régence, qui fait office de trait d'union entre le Sablon et la place Poelart, s'abîme dans un silence de ville de province. On n'entend plus alors résonner sur les pavés qui montent à l'assaut du Palais de justice que les murmures des augustes façades et les cris de douleur des rails du tram 94.
Depuis octobre dernier, l'animation noctambule du quartier est subitement montée d'un cran avec l'ouverture, au numéro 25, d'un nouveau restaurant, devenu en quelques semaines seulement the place to be. Baptisée Sister Act -un clin d'oeil au film de Whoopi Goldberg et une allusion à la chef et associée, Keltouma Closset, qui opère en coulisse avec deux de ses soeurs-, cette nouvelle adresse gourmande tente un mariage audacieux entre tradition et modernité: tradition pour la carte, modernité pour la déco, qui fait la part belle à l'esthétique lounge.
Tous ceux que le courant minimaliste insupporte passeront donc leur chemin. Par contre, ceux qui apprécient le style contemporain, rehaussé d'une touche pop par un jeu subtil de lumières fluo, trouveront ici de quoi régaler leurs yeux. Et apprécieront certainement la nuance entre l'aménagement du rez-de-chaussée, avec sa grande vitrine rectangulaire et ses déclinaisons de gris, et celui de l'étage où l'ambiance prend une tournure plus cosy et plus feutrée avec son collier de couleurs automnales s'étalant des fauteuils clubs aubergine et raisin aux murs rouges en passant par les bougies orange sanguine ou prune.
Réussie dans son genre, la déco n'innove cependant pas vraiment. On s'y sent bien, certes, mais on pourrait tout aussi bien se trouver à Paris ou à New York. Du moins jusqu'à ce qu'on jette un oeil sur la carte. Prenant le contre-pied de l'avant-garde culinaire incarnée par l'Espagnol Adrian Ferra, l'assiette fait un sort à la «fusion food» au bénéfice d'une nourriture ancrée dans les terroirs européens. Au menu: foie gras de canard, assiette de saumon fumée, homard aux petits légumes, etc. Le tout à des prix un rien trop salés à notre goût: de 9 à 24 € pour les entrées, de 10 à 25 € pour les plats de résistance...
Une option contrastée qui a les défauts de ses qualités. Si l'on se plaît à retrouver des saveurs familières, on sera déçu si l'on est venu avec l'idée d'explorer de nouveaux territoires gustatifs. Une croquette de crevettes grises, même faite maison, reste une croquette de crevettes grises. Bref, une cuisine savoureuse sans nul doute, mais qui manque parfois d'un zeste de raffinement. Ainsi des goujonnettes de sole, astucieusement présentées sous forme de lacets, mais dont le parfum délicat est étouffé par la couche de chapelure. Ou du risotto d'Ebly aux gambas, dont l'émulsion au jus de truffe s'embourbe dans le nuage de crème fraîche.
A choisir, on penchera donc plutôt pour les «vrais» classiques, comme cette succulente entrecôte d'Aubrac grillée, qui fond dans la bouche comme du chocolat, et qui trouvera sans difficulté parmi les 250 vins référencés un partenaire à sa mesure...
© La Libre Belgique 2004
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