Mardi 9 fév 2010

Histoire

Pour que la mémoire reste vive

Christian Laporte

Mis en ligne le 06/05/2005

Une délégation belge s'est rendue mercredi au camp de Mauthausen.

Malgré l'heure plus que matinale du rendez-vous-5 heures du matin - près de 70 jeunes et autant d'anciens déportés et leurs familles se sont embarqués, mercredi avec le ministre de la Défense à destination du camp de Mauthausen. Un voyage-express au coeur de l'Autriche à la symbolique très lourde. Objectif : marquer le 60e anniversaire de la libération de ce camp de concentration autrichien où nombre de Belges furent internés parce qu'ils refusaient de se soumettre au nazisme.

Une démarche citoyenne qui n'a jamais eu autant de sens dans un pays qui, malgré un bien-être général, nettement au-dessus de la moyenne, voit sa réputation entachée par une forte présence extrémiste et séparatiste au nord avec le Vlaams Belang et une réémergence inquiétante de la droite extrême au sud avec le Front National. Pourtant, si le ministre Flahaut et la Défense nationale ont lancé une large invitation, la délégation officielle se compte sur les doigts d'une main. A l'exception de la députée fédérale Ingrid Meeus (VLD), les élus de la Nation n'ont pas estimé utile de faire le pèlerinage de la mémoire.

Qu'à cela ne tienne, les rescapés des camps n'en ont pas moins poursuivi leur impératif devoir de mémoire. Parce qu'ils savent que le sablier du temps ne fait pas de quartier. Et qu'un jour, les derniers témoins n'existeront plus que sur la pellicule des films ou sur les bandes sonores des archives. A ce moment-là, les jeunes seront à la merci des héritiers des Faurisson et autres Verbeke dont le négationnisme fait des ravages dans un environnement poussé aux simplismes les plus réducteurs. Mais jusqu'à leur ultime souffle, les rescapés poursuivront leur combat. Ils le firent, une fois encore, avec leur coeur et avec leurs tripes devant des jeunes de Liège, de Bourg-Léopold, de la province du Luxembourg, du Collège Sainte-Gertrude de Nivelles et devant les élèves de l'Ecole royale militaire. «Un devoir impératif», insiste Maurice Berdal, arrivé à Mauthausen pendant l'été 1944. «Ici, on exterminait par le travail», souligne-t-il en désignant l'immense carrière de granit dans laquelle les prisonniers devaient descendre parfois plusieurs fois par jour.

Ne pas oublier le passé

Fidèle parmi les fidèles de ces pèlerinages, il y a Paul Brusson (1). Cet ancien commissaire en chef de la ville de Liège a vu sa santé décliner et pourtant, le revoilà, une fois encore. C'est que cet ancien «Nuit et Brouillard» (Nacht und Nebel) est très conscient que «la démocratie, lorsqu'elle se réduit au marché, est un terreau de choix pour les totalitarismes.» Et «que rien n'est plus dangereux que de prêcher l'avenir en oubliant le passé»... C'est pourquoi, bon an, mal an, Brusson revient à Mauthausen.

Et demain ? Comme l'a souligné dans son discours André Flahaut, «la politique de la mémoire doit expliquer ce qui a fait basculer les sociétés humaines dans l'horreur, elle doit mettre en oeuvre des moyens de résistance quotidienne qui nous fassent rester les yeux ouverts, elle doit certes cultiver la mémoire mais elle doit aussi s'en servir comme outil de tolérance et de défense des droits de l'Homme»...

(1) Un des plus édifiants témoignages sur Mauthausen a été livré par Paul Brusson dans «De mémoire vive» aux éditions du Cefal.

© La Libre Belgique 2005

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