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Espagne
Le mensonge du déporté
O.M.
Mis en ligne le 12/05/2005
Il a menti pendant près de trente ans. Enric Marco était président de l'association des déportés espagnols jusqu'à la veille du 60e anniversaire de la libération des camps. Ses membres l'ont rappelé de toute urgence le 2 mai, alors qu'il se trouvait déjà à Mauthausen pour commémorer cet anniversaire, et l'ont contraint à la démission. Cette semaine, ce Catalan a finalement reconnu son imposture...
Enric Marco a pendant longtemps symbolisé la mémoire de la tyrannie en Espagne. Dans un livre poignant publié en 1978, intitulé «Mémoires de l'enfer», il décrivait son parcours. Mécanicien à Barcelone, il affirmait avoir quitté la ville pour la France au lendemain de la déroute républicaine. Actif au sein de la résistance, il aurait été déporté au camp de Flossenburg, en Pologne, où les premiers prisonniers politiques étaient arrivés au cours du printemps 1938. Jusqu'en 1945, Enric Marco disait avoir vécu des années pénibles, faites de privations et de répressions.
Le 1er mai, un historien du nom de Benito Bermejo semait le trouble. En se penchant sur la réalité des camps de concentration, il a démasqué les affabulations du président de la principale association des déportés. Dès la première rencontre, il eut des soupçons en entendant le récit quelque peu prétentieux de l'homme, devenu en cours de carrière secrétaire général du principal syndicat communiste CNT, président de la fédération des parents d'élèves de Catalogne ou encore détenteur de la Croix de Saint Jordi, la plus haute distinction civile régionale. Mais en creusant, il a découvert que le nom de Marco ne figurait tout simplement pas dans les archives du camp de Flossenburg. Neus Catala, seule Espagnole à être sortie vivante du camp de Ravensbrück, a quant à elle été confortée dans son sentiment: depuis de longues années, elle considérait que «ses descriptions ne correspondaient pas à la réalité».
Mardi, donc, Enric Marco a été contraint de sortir du bois: «Je reconnais ne pas avoir été interné dans le camp de Flossenburg, même si j'ai été en détention préventive sous l'accusation de complot contre le IIIe Reich.» En l'occurrence, il a été libéré dès 1943, bien avant la libération des camps proprement dite. S'expliquant à la télévision, l'homme reconnaît avoir menti en 1978 pour qu'on lui prête davantage d'attention, mais aussi pour ouvrir les yeux des Espagnols au sujet des souffrances vécues dans les camps. Jesus Ruiz, trésorier de l'association, s'est lamenté au lendemain de cette reconnaissance des faits: «Cette histoire est du pain bénit pour les négationnistes.»
© La Libre Belgique 2005
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