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Wallonie

Les terrils sur des charbons ardents

Paul Piret

Mis en ligne le 25/07/2005

Il y a une nouvelle vie pour les terrils wallons, promus désormais au rang de patrimoine rare sinon unique. Un premier rapport est attendu sur la valorisation touristique de certains. L'entreprise n'est pas simple, mais vaut la peine.

On les perçut d'abord comme les stigmates de la révolution industrielle. On s'ingénia ensuite à les exploiter, dans les années 1970-80. Aujourd'hui, on les voit constituer un patrimoine historique, écologique et paysager à peu près unique dans son genre. Ce sont les terrils, qui ont façonné les bassins Haine-Sambre-et-Meuse au rythme, aux besoins et à la puissance du pénible et glorieux passé charbonnier wallon.

Pendant des années donc, on se disputa pour les araser. Les terrils exploités appartenaient à deux catégories: ceux dont les schistes noirs étaient valorisés pour en extraire le charbon (c'était au temps de la première crise énergétique); et ceux dont les schistes brûlés et rouges servirent de concassé et remblais pour le génie civil (c'était au temps des travaux autoroutiers). On les engloba aussi dans des réaffectations de sites (ainsi de l'arasement du terril de la Croix à Charleroi-Nord pour y bâtir Ville 2, ou de l'arasement du terril Saint-André à Montignies-sur-Sambre pour y édifier une nouvelle aciérie... que le plan Gandois fermerait 10 ans plus tard).

Mais l'exploitation s'essouffla, pour des raisons financières ou techniques. Parallèlement, grandit l'attachement aux terrils, affectif et environnemental: ce sont des témoins et des paysages singuliers; on peut y développer des activités sportives et touristiques (randonnées, équitation, VTT, parapentes...); des biotopes tout à fait originaux (faune et flore) s'y développent (vu leurs substrats, relief, exposition, possibilités de combustion). Bref, il n'est plus rare de voir ici cultiver des vignes (le n°7 à Chapelle-lez-Herlaimont), là, organiser des parcours pédagogiques (l'Espérance à Montegnée), ou d'intégrer les terrils dans des projets plus vastes (le Pass à Frameries, bientôt le Bois du Cazier à Marcinelle).

Mais pour quelques terrils aménagés par des associations locales ou les pouvoirs publics, la plupart sont dits «sauvages», voire inaccessibles. Qu'on puisse faire davantage, en protection comme en promotion, le Nord-Pas-de-Calais le prouve. Alors que la présence de terrils y est moins dense et plus courte qu'en Wallonie, une «chaîne des terrils» s'y est structurée dès 1988. Elle est même reconnue depuis la fin 2003 comme «Centre permanent d'initiative pour l'environnement» à l'instar du Marais poitevin. Et les Nordistes tentent de classer leur chaîne sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco...

Une «Transterrilienne»?

De quoi donner des idées similaires aux Wallons. Elles sont portées par tout un associatif (dont l'ASBL «Espace Terrils» qui a pris le relais des «Rangers»); par des députés wallons aussi (le CDH Charlier et l'Ecolo Desgain, hier, le CDH Di Antonio et le PS Senesael, aujourd'hui, ont déposé une proposition de résolution visant à reconnaître pareille chaîne).

La Région n'y est pas indifférente. Mais les ministres Foret (MR) puis Lutgen (CDH) ont insisté sur les différences de situations: la propriété des terrils est essentiellement publique en France et privée en Wallonie (et de toutes les façons les plus compliquées quand s'y mêle le statut des concessions minières). Or, l'aménagement d'un terril et son accès au public ne sont possibles qu'avec l'accord du propriétaire, qui peut avoir les meilleures raisons - de sécurité notamment - pour refuser.

Ce n'est pas ou plus une raison de ne pas agir. Un groupe de travail sous l'égide du Commissariat général au tourisme doit remettre son premier rapport pour la rentrée. L'idée est d'identifier des terrils à valoriser touristiquement sur base de leur intérêt et de leur accessibilité, et l'affectation à privilégier dans chaque cas. L'espoir est de réaliser ces aménagements dans les 5 ans, sur base de partenariat Région/acteurs locaux.

En attendant, les programmes européens frontaliers sont mis à contribution. Après des valorisations de promenades-nature à l'enseigne d'Interreg France-Wallonie à l'Ouest, un projet déboule à celle d'Interreg Meuse-Rhin à l'Est. Il s'agit principalement d'acquérir ou aménager une quinzaine de terrils notamment à St-Nicolas, Soumagne, Chaudfontaine et Flémalle.

© La Libre Belgique 2005

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