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TERRORISME

Tariq Ramadan: "le multiculturalisme à l’anglaise ne peut survivre tel quel"

Olivier Lucazeau

Mis en ligne le 08/09/2005

ENTRETIEN

«Le multiculturalisme à l’anglaise ne peut survivre tel quel»: pour Tariq Ramadan, le très controversé intellectuel musulman consulté par le gouvernement de Tony Blair depuis les attentats de Londres, il y a clairement un avant et un après 7 juillet.

Si fière de son label multiculturel, la société britannique a perdu une partie de sa naïveté quand elle a réalisé que trois des quatres kamikazes étaient des jeunes Anglais d’origine pakistanaise, apparemment bien intégrés. «Le système britannique perçu comme le modèle du multicularisme a de sérieuses questions à se poser», assure Tariq Ramadan dans un entretien avec l’AFP: «Ce multiculturalisme qui est en fait un patchwork de communautés qui ne se connaissent pas, qui vivent côte à côte, ce système ne peut pas survivre aux crises».

Souvent accusé de double langage, présenté par le Sun comme «la face acceptable du terrorisme», Tariq Ramadan a pourtant bien été appelé par Downing Street pour faire partie d’une commission contre l’émergence de l’extrémisme au sein de la communauté musulmane britannique. Et il ne compte pas épargner ses coreligionnaires.

«Les musulmans doivent sortir de leurs ghettos intellectuels et sociaux», assène-t-il: «Ce qui me paraît le plus déterminant aujourd’hui, c’est la non intégration psychologique. On dit qu’on est -british- mais on ne le dit avec sa tête, on ne le sent pas».

L’intellectuel genevois critique par exemple la propension des musulmans britanniques à placer leurs enfants, «et surtout les filles», dans des écoles islamiques: «c’est de l’auto-ségrégation, de l’auto-exclusion, (...) une fausse réponse des musulmans face à leur difficulté à préserver leurs valeurs et leurs principes».

Mais le gouvernement Blair doit également faire son auto-critique, insiste Tariq Ramadan: «Le problème vient du fait d’avoir parqué des gens dans des ghettos, sur la base de leur appartenance ethnique, de leur origine. Aujourd’hui, il faut une politique de mixité sociale beaucoup plus volontariste».

Autre critique adressée au gouvernement britannique: avoir laissé parler librement certains prédicateurs radicaux comme Omar Bakri (aujourd’hui au Liban et interdit de séjour), Abou Hamza ou Abou Qatada. «Ca fait 15 ans que je dis que ces gens là il faut les faire taire», assure M. Ramadan.

Pas question cependant pour l’universitaire, interdit de séjour aux Etats-Unis et en délicatesse avec la France, d’endosser la politique répressive mise en place par Londres depuis les attentats, et notamment la volonté d’extrader les fauteurs de troubles du type Abou Qatada vers leurs pays d’origine, que ce soit la Jordanie, la Syrie ou encore l’Algérie.

«Je ne viens pas pour offrir un blanc-seing au gouvernement, non, on m’a dit de faire des propositions, mais je ne peux pas soutenir des politiques qui vont à l’encontre de tous les droits fondamentaux», a-t-il plaidé auprès de l’AFP.

Ne craignant pas de froisser ses interlocuteurs à Downing Street, Tariq Ramadan voit aussi comme «une évidence» le lien entre les attentats de Londres et la guerre en Irak. «Il y a évidemment un lien entre la politique internationale britannique et ce que certains jeunes et moins jeunes Britanniques de confession musulmane vont développer comme théorie politique», explique-t-il.

Une théorie qui a ensuite amené des gens comme Mohammed Siddique Khan, Shehzad Tanweer, Hasib Hussain ou Germaine Lindsay à se faire sauter avec leurs bombes dans des rames de métro ou un bus. «Sur le plan éthique, Tony Blair a raison en ce sens que rien de ce qui se passe en Irak ne peut justifier les attentats. Sur le plan politique il a tort», insiste Tariq Ramadan.

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