Mardi 9 fév 2010

Union européenne

«Plan D» (On va vous faire réfléchir)

Martin Buxant

Mis en ligne le 10/10/2005

La Commission met sur la table ses idées pour sortir l'Europe de l'ornière, après les non à la Constitution. Etats membres, société civile, partis politiques: tout le monde est désormais prié de parler Europe. Mais cela sera-t-il suffisant?

Margot retrousse ses manches. Dans une communication qu'elle présente à ses vingt-quatre collègues cette semaine, la vice-présidente de la Commission, Margot Wallström recommande de s'adresser en priorité « aux jeunes, aux femmes, aux minorités et aux sans-emploi » à l'heure de sensibiliser aux vertus de la cause européenne. C'est le «Plan D» (démocratie, dialogue et débat), obtenu par «La Libre» de source parlementaire, et il répond aux chefs d'Etat et de gouvernement qui, lors du sommet de juin dernier, avaient appelé à « une période de réflexion » après le double non au traité constitutionnel en France et aux Pays-Bas.

La trame échafaudée par la Commission est floue: faire « ressentir la valeur ajoutée de l'Europe » aux citoyens. « Comme il est très peu probable que le traité constitutionnel soit ratifié dans un futur proche », autant structurer le débat le plus vite possible, note ce document de treize pages qui doit être l'un des socles de la réunion informelle des leaders européens à Hampton Court ce 27 octobre. Consciente que l'eurofrilosité se nourrit différemment dans l'Union, la Commission propose d'organiser le débat sur l'Europe en débats nationaux. Et de tenir compte « des implications locales, régionales, et des sujets mis en lumière lors des débats » précédents.

«Un ami comme Barroso»

«

Avec des amis comme Barroso, la Constitution n'a pas besoin d'ennemis », ricanait fin septembre le Vert autrichien Johannes Voggenhuber. Lui, et le libéral Andrew Duff, plaident pour une renégociation rapide du traité constitutionnel. Prête à aider (et à cofinancer) les gouvernements nationaux, à lancer un brainstorming géant, la Commission demande aux Etats membres de mettre en place « au moins un événement national majeur autour de l'Europe », un événement qui devra « rassembler l'ensemble des partis politiques ». Et veuillez vous activer: un premier «feedback» devra parvenir à Bruxelles en avril 2006. Dans la foulée, une conférence impliquant institutions européennes et société civile sera organisée le 9 mai (jour de l'Europe).

Voyage, voyage!

Au vrai, tout le monde devra mouiller son maillot: « des visites du président de la Commission dans chaque Etat membre seront organisées ». Et, pour le coup, celui-ci sera flanqué du commissaire national afin qu'ensemble ils débattent avec les responsables des Parlements nationaux, des gouvernements, des entreprises, des syndicats ou avec des étudiants.

La Commission entend «cibler les audiences auxquelles elle s'adressera» pour inverser la tendance eurofrileuse mais aussi engager les médias dans la bataille, « en particulier la télévision et l'Internet ».

Parfois surnommée «Blogström», rapport à l'ardeur qu'elle met à entretenir un «Blog» sur le site Internet de la Commission, Margot Wallström demande que l'on s'attarde, lors des prochains débats, sur les points pour lesquels l'opinion publique soutient l'action de l'Union: par exemple, « la protection de l'environnement », « la sécurité alimentaire ou encore les programmes d'échanges pour étudiants Erasmus ».

Les Représentations de la Commission dans les Etats membres se verront confier « un rôle clé », notamment au regard de la collecte des informations sur ce que pensent les citoyens de l'Union.Les chefs de ces «ambassades» sont invités à tenir régulièrement des sessions informelles de questions réponses, y compris hors des capitales.

On décentralise, on recrute aussi. « Des ambassadeurs de bonne volonté », disposés à donner de leur temps pour plaider la cause européenne sont recherchés pour partir en tournée. Mais pas n'importe qui: « des sportifs ou des personnalités du monde culturel, » par exemple.

Là, les assidus se souviendront qu'en juin dernier le leader de U 2 (Bono) avait fait un tabac aux côtés de Barroso. Une formidable recrue, en somme, pour le «Plan D». Mais de là à le faire participer à une tournée de réflexion sur l'Europe...

© La Libre Belgique 2005

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