Mardi 9 fév 2010

Rock

Alice, June et Nicola

MICHI-HIRO TAMAï

Mis en ligne le 19/12/2005

Trois ans après son come-back remarqué, Indochine remet le couvert. Avec Alice & June, Nicola Sirkis et son groupe signent un double album plus rock que «Paradize» et teinté de collaborations singulières. Retour gagnant ?

ENTRETIEN

Qui ne connaît pas Indochine ? Si depuis ses débuts en 1981, le groupe rock français emmené par Nicola Sirkis a vécu des hauts et des bas, il demeure parmi les plus fédérateurs de sa génération. De «Dizzidence Politik» à «J'ai demandé à la lune» en passant par «Des fleurs pour Salinger» tout rockeur qui se respecte a fredonné, au moins une fois dans sa vie, un de ces titres. Malgré un passage (médiatique) à vide dans les années 90 et un remodelage complet de la line-up originelle, le public belge et français ne semble jamais avoir délaissé le groupe. Rencontre avec Nicola Sirkis à l'occasion de la sortie de Alice & June, respectivement dixième et onzième opus du groupe.

Pourquoi organisez-vous cette série de trois concerts «secrets», en Belgique et en France avant la vraie tournée d'Alice & June l'an prochain ?

On aime faire des concerts surprises. C'est une sorte de petit défi qui est assez terrifiant car on ne va jouer que des morceaux tirés du nouvel album. Et comme les gens ne le connaissent normalement pas, c'est comme si on était un nouveau groupe. Maintenant je regrette déjà cette démarche (rires) !

Qu'est-ce qui vous a poussé à qualifier Alice & June de «violemment romantique» et de «joyeusement pornographique» ?

On me demandait tellement souvent la tournure qu'allait prendre l'album que j'ai dû trouver en trois secondes ces qualificatifs. Ils collent finalement assez bien. Alice & June est joyeusement pornographique car on ne se prend pas au sérieux : on fait quand même du rock. Donc, on n'est pas des apôtres du pessimisme, mais des acteurs du monde qui constatent ce qui s'y passe. Pour le côté violemment romantique, je pense que cela se traduit dans les passions amoureuses qui peuvent être très violentes. On les retrouve dans la vie de tous les jours. June, le deuxième disque, est plus «violemment romantique» que le premier, mais on retrouve aussi ce trait sur Alice.

Qui sont Alice & June ?

Alice & June, c'est le récit d'une passion amoureuse qui peut être platonique ou sexuelle entre deux personnes. Là, pour la petite histoire, il s'agit de deux filles. Mais cela peut aussi s'appliquer à d'autres couples. Comme les personnes âgées de quatre-vingts ans, qui sont ensemble depuis qu'elles en ont vingt. Je trouve ça extraordinaire et incroyable.

AqME et Brian Molko vous ont proposé de participer à cet album...

AqME nous avait écrit un morceau. De ce projet est née, une collaboration plus forte qui a débouché sur l'enregistrement d'un titre commun. Concernant Brian, vu qu'on s'appelle régulièrement pour discuter, on a imaginé «Pink water» en se renvoyant la balle à distance. Il a écrit le texte à Bangkok, et nous l'avons enregistré à Londres.

Ça s'est passé simplement, il est arrivé avec une bouteille de vin et on est retourné le jour même en Normandie. Au départ, ça ne devait pas être un duo mais Brian m'a téléphoné deux jours avant pour aller dans ce sens. C'était inespéré.

Mickey 3D n'apparaît pas sur Alice & June, alors qu'il avait précédemment été question de sa participation. Vous vous êtes embrouillés ?

Ça devait être pour trois titres, mais on ne les a pas retenus. On est toujours en bon terme avec lui. Il m'a même dit de ne pas m'en faire à ce sujet. Ce n'est pas que je n'aimais pas ses compositions, mais elles ne correspondaient pas à ce que je voulais faire sur le sujet.

La présence de Didier Wampas sur «Harry Poppers» est particulièrement surprenante et inattendue...

Je le connais depuis un bon bout de temps. On l'avait par ailleurs programmé pour le X Festival. Je trouve qu'il y a, dans l'écriture de Didier, une part méconnue de sa personnalité qui est très tendre. Cela me ressemble beaucoup. Je lui ai donc demandé d'écrire un truc. Il a écrit deux textes que j'ai fini par cumuler : c'est devenu Harry Poppers. Qui est Poppers, qui est Harry, je vous laisse deviner...

Le concert à Forest National est déjà complet plus d'un an à l'avance, alors que votre album n'est pas encore dans les bacs.

Au moment où les médias français nous humiliaient, où les radios ne passaient pas nos disques, la Belgique nous soutenait. J'aime vivre en Belgique. Ce qui est paradoxal, c'est que vous avez une trop grosse attente de la France. C'est un peu le complexe du Belge qui regarde trop la télé française... Les gens sont par ailleurs beaucoup plus conviviaux ici, moins agressifs.

Est-ce que, comme vous le désiriez il y a un an, ce double album est finalement devenu «un condensé plus adulte et très intense», de tout ce que vous avez fait jusqu'à présent ?

Oui, cet album est un peu un best of, sans en être un, qui résume nos 25 ans de carrière, dans les styles, les évolutions et les paroles.

Ce genre de discours annoncerait-il la fin d'Indochine ?

C'est toujours le dernier album quelque part... Mais je ne sais pas si on va en faire un autre. Cela dit, on fera toujours de la musique.

Indochine,» Alice & June» (Sony BMG)

Lire critique du concert, page suivante.

© La Libre Belgique 2005

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